26 janvier 2007

Les françois parlent aux françois.

 J’ai regardé hier l’émission « à vous de juger », animée par la désopilante Arlette Chabot, dont le prénom est apparemment synonyme de longévité télévisuelle.  Étaient opposés deux François, Hollande et Fillon. Le dispositif, face à face devant un pupitre, relevait plus du jeu que du débat. Et d’ailleurs, Chabot, qui est au sourire ce que Pascal Sevran est à l’intelligence, s’amusa avec nos deux protagonistes ébahis en leur demandant de trouver qui avait dit, de Sarkozy ou Royal, telle ou telle phrase. L’astuce mise en scène par la toute malicieuse Arlette Chabot était que les phrases étaient dites par les deux candidats : pliés en deux qu’on était.

Puis on a pu être sérieux.

Enfin un débat, sur des propositions. O pas de grandes révélations, hein. Mais un bon débat à l’ancienne, pugnace, avec deux acteurs rodés. Pas de temps mort. Un petit coup de demande de politesse, ça ne mange pas de pain. Bilan de sortants contre bilan des sortants d’avant. Une petite concession d’accord sur un point pour mieux tacler ensuite. Un vrai de combat de mecs, quoi.

D’ailleurs il a été très peu question de Ségolène Royal. Hollande en parla peu, on le comprend. Et même Fillon semblait content qu’on ne ramène pas sur le tapis la démocratie participative et l’ordre juste, enfin on pouvait cogner sur les impôts, enfin on pouvait cogner tout court, ah putain ce qu’on est mieux entre mecs !

On y est d’autant mieux qu’il est plus facile de combattre en face à face l’adversaire que de répondre aux « gens du public ». Là, les deux François avaient l’air de découvrir le monde. Par deux fois, ils ont dit à deux jeunes femmes qui cherchaient un boulot que leur prestation télévisuelle allait sûrement leur donner un coup de pouce. Comme à la Starac, quoi. En réalité, ils m’ont donné l’impression de réaliser que la situation était plus grave qu’ils ne le pensaient. Bon quand est-ce qu’on remonte sur le ring ? Pas maintenant.

Car maintenant, on fait sortir les femmes de la cuisine. Elles peuvent venir prendre le digestif avec les hommes, pour une fois. Et c’est comme ça que sont apparues pour les dernières minutes, Arlette Laguiller (le prénom etc.) et Marine Le Pen. Bah voyons.

Les propos tout en nuance des deux extrêmes de l’échiquier politique, relayés donc par deux femmes, donnaient l’impression qu’on avait fait venir les deux têtes de linotte pour faire valoir les deux François (Fillon semblait pour le moins exaspéré par Arlette, Laguiller hein pas la porte parole de l’UMP).

Au bout du compte, il s’agissait bien d’une scénographie machiste en partie calculée. On s’est fait plaisir. Mais rien ne prouve que les deux François qui représentent l’establishment y avaient à gagner. Car ceux sur le plateau qui étaient compréhensibles immédiatement par le téléspectateur lambda, ce furent les femmes, tout extrême fussent-elles.

Il est des réflexes difficiles à se débarrasser. La politique à papa, en fait partie. Il n’est qu’à regarder les plaidoyers abjects du réactionnaire Eric Zemmour pour un « retour à la normale », c'est-à-dire la politique avec des hommes, un point c’est tout.

Si on ne change pas les codes, pourtant, les deux gagnants seront les extrêmes et l’abstention.  

Posté par 2007sanssarko à 07:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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