29 avril 2007

Royal-bayrou : des hauts et débat

A une semaine pile de la date fatidique, qui risque d'annoncer mon pire cauchemar dès 20 heures, revenons sur cet entre deux tours complètement baroque, et tellement excitant.

Cela faisait plusieurs semaines, déjà, qu'il devenait évident que Ségolène Royal devrait tenir compte des électeurs de François Bayrou, et peut-être même composer avec lui pour gouverner. Lorsque j'en fis part dans un courrier à Libération, je me suis pris une volée de bois vert par les lecteurs.

Et pourtant, l'on voyait déjà ce qui s'est passé : une translation d'électeurs. L'aile droite des électeurs du PS, les sociaux démocrates votant pour Bayrou, les électeurs de la gauche de la gauche, le 21 avril en tête, jouant le vote utile, se sont déplacés vers Royal. D'où cet assèchement,  que dis-je,  cette lyophilisation de l'extrême gauche... et le résultat spectaculaire de François Bayrou.

Et spectaculaire, il l'est à plus d'un titre. N'a-t-on jamais vu un perdant de premier tour prendre autant de place au second?

Cette semaine passée est quand même un événement sans précédent. C'est la première semaine, ou presque, depuis le 14 janvier, que Nicolas Sarkozy n'a pu mener la danse. Pis. En refusant le débat avec François Bayrou, en laissant la porte ouverte au fait qu'il eût exercé des pressions sur les journalistes pour que le débat Royal-bayrou n'ait pas lieu (ce qui est peut-être faux, mais ce qui met à jour la méthode Sarkozy, d'ailleurs l'affaire Plantu le prouve), en raillant enfin sans vergogne le débat le plus moderne que la politique française ait connu, Sarkozy, ex-chantre de la rupture, apparaît de manière inédite comme un conservateur de premier ordre. Ringardisé, dit Birenbaum.

Et que voit-on par ailleurs? Une Ségolène Royale pugnace, assurée,  qui n'a jamais aussi bien parlé, et qui a réussi trois prestations en une semaine - « à vous de juger » sur France2, son meeting de Lyon où elle prouvé qu'elle pouvait surpasser ses difficultés oratoires pour emmener les foules, et donc ce fameux débat avec François Bayrou.

Qu'en est-il ressorti de ce débat ? Au delà de la différence réelle sur les programmes économiques, et des convergences certaines sur les institutions, il est surtout apparu que la politique autrement, était plutôt du côté de Bayrou et de Royal que de Sarkozy. Et puis, il est devenu évident que les valeurs, celles de solidarité et d'humanisme étaient communes aux deux candidats.

En s'excluant de ces débats, en fait, Sarkozy a montré sa vraie nature : égoïste et peu soucieux de la démocratie.

Est-ce que la semaine qui reste suffira à inverser la tendance? Je ne le crois guère.

Mais je note que Ségolène Royal ne lâchera pas l'affaire, et que le débat de mercredi prochain risque d'être particulièrement incisif. C'est ce qui fait la différence d'ailleurs entre Royal et Jospin, je parle de celui de 1995. Certain d'être battu par Jacques Chirac, l'ex premier ministre a voulu un débat feutré,  histoire de placer ses pions pour la prochaine présidentielle. On a vu ce que ça a donné. Là, on voit bien que Royal se moque éperdument de l'avenir du PS, qu'elle sait qu'en cas de défaite elle risque de disparaître du paysage politique, et que seule compte pour elle la victoire. Elle jouera la gagne jusqu'au bout. Sans s'occuper des frilosités de l'appareil, et notamment de son compagnon.

Elle a transformé ses désirs d'avenirs en devoir de victoire.

Ce sera serré.

Posté par 2007sanssarko à 12:27 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires sur Royal-bayrou : des hauts et débat

    Manipulation

    Décryptage du discours inversé de Sarko :
    http://pouvoiretpsychopathie.hautetfort.com/archive/2007/04/30/crime-de-lese-majeste.html

    Posté par Marie lu, 01 mai 2007 à 00:04 | | Répondre
  • Charles Villeneuve donne un coup de pouce à Sarkozy

    Avez-vous vu que ce soir, mardi 1er mai (date ô combien symbolique !!!) sur TF1, Charles Villeneuve va donner un sacré coup de pouce à ... Nicolas Sarkozy dans son édifiant "Droit De Savoir" ?
    Villeneuve s'est subitement souvenu à 5 jours du second tour que Sarko était du côté des "honnêtes gens" et Ségo du côté des "fraudeurs".
    Et il vient nous le rappeler avec tout le professionnalisme qui l'habite ...
    On appelle ça du journalisme impartial ..

    La suite ici :
    http://filoo1962.spaces.live.com

    Posté par Ph. Sage, 01 mai 2007 à 03:44 | | Répondre
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