07 février 2007

Des propositions logées à mauvaise enseigne

Je n’ai pas regardé toute l’émission de lundi soir sur TF1 consacré à Nicolas Sarkozy. J’ai été prié par ma conjointe, aussi peu sarko compatible que moi, de mettre un dvd histoire de s’extirper à la fois du discours cent fois rabâché du candidat UMP, ainsi que de l’apathie générale qui régnait dans ce panel bien mollasson de « vraies gens ».

Néanmoins, j’ai pu voir la première et la dernière demi heure de ce cirque, véritable performance physique pour le candidat (Notons au passage qu’entre les primaires socialistes, et ce genre d’émission où les candidats sont debout pendant plus de deux heures, rien n’est épargné à ceux qui postulent à la magistrature suprême, il existe comme une forme de bizutage un peu sadique, et pas forcément nécessaire). Je ne parlerais pas de l’ensemble et je vais m’attarder juste sur un point.

Lorsque Sarkozy parle du logement, on a vraiment l’impression qu’il maîtrise son sujet et qu’il propose des solutions concrètes.

Ainsi, dit-il, 50 % (en réalité 57%) des français sont propriétaires de leur logement, ce qui est peu par rapport à nos voisins. Vrai. Pourquoi ? Selon Sarkozy, c’est parce que les français ne s’endettent pas assez, ils ne croient pas assez en l’avenir. Ah. Ca se complique.

En réalité, il y plein d’autres facteurs dans le fait que les français ne sont pas propriétaires.

Il y a déjà une très nette disparité ente Paris et la Province, il y a beaucoup plus de locataires, en effet en Ile de France. (La part de propriétaires s’élève à 80% en milieu rural périurbain, 74% en rural éloigné, contre 45% pour Paris.) Assez normal, vu le prix de l’immobilier dans la capitale et ses couronnes. Or l’île de France représente tout de même plus de 20 % de la population.

Au contraire de nos voisins espagnols, qui sont les champions en terme d’accès à la propriété, cela fait peu de temps que la durée du crédit en France peut aller jusqu’à 30 ans, en Espagne on va même jusqu’à 50. Il est vrai que les Espagnols n’aiment tout simplement pas louer, et préfèrent, même en couple avec des enfants, rester chez leurs parents en attendant de pouvoir acheter. Peut-être faut-il voir là des différences comportementales culturelles.

Enfin, la flambée des prix de l’immobilier a très certainement freiné les ardeurs de certains. Et il faut comprendre que lorsque l’on s’endette, l’on n’a pas forcément envie de se retrouver loin d’un centre ville et des transports, seul choix possible pour un budget donné.

Bon. Ceci étant dit, quelle sont donc les solutions préconisées par Sarkozy ?

Il propose que l’Etat puisse se porter caution pour un emprunt immobilier. C’est louable, dirai-je sans jeu de mots. Sauf erreur de ma part, il est pourtant peu fréquent que l’on demande à un tiers de se porter caution pour un prêt immobilier (alors que c’est systématique pour une location !), il existe avant cette demande, l’hypothèque, l'Inscription en Privilège de Prêteur de Deniers, voire des sociétés de cautionnement. La caution solidaire peut être effectivement nécessaire si l’emprunteur est en cdd, ce qu’a d’ailleurs dit Sarkozy le 5 février.  En gros la caution de l’Etat permettrait aux cdd d’acheter un logement. Formidable. Faut-il alors préciser que, si Nicolas Sarkozy devient Président de la République, le CDD n’existera plus ? Il sera remplacé par le fameux contrat unique. De deux choses l’une : soit  il ne tiendra pas l’une des deux promesses, soit il a prévu que son contrat unique sera tellement précaire qu’il sera nécessaire que l’État puisse se porter caution pour éviter que le marché immobilier se plante. À vous de choisir.

L’autre solution, c’est la déduction des intérêts de l’emprunt sur la feuille d’impôts. L’idée n’est pas neuve. L’on pouvait à une époque, déduire les intérêts sur le montant déclaré, et ce pendant 5 ans (les intérêts étant plus élevés aux débuts du remboursement, ce n’était pas négligeable). C’est une idée assez séduisante mais à qui profite-t-elle vraiment ? 50% des foyers ne paient pas l’impôt sur le revenu. Autant dire que pour eux, une telle mesure ne sert à rien. Il s’agit  pourtant de la cible, puisque l’on veut que tout le monde puisse devenir propriétaire. Bon, disons alors que cela va intéresser les classes moyennes. Là encore, il y a des gens qui ne sont pas imposables. Je vais prendre un exemple, le mien, vu que c’est à la mode. Un couple avec un enfant en bas âge, locataires à paris. Revenus dans le tiers le plus aisé (quel choc quand j’ai appris ça). Au défaut de place en crèche la solution envisagée est la garde partagée à domicile. Nous pouvons déduire la moitié du salaire versé à la nounou de nos impôts. Résultat : nous ne devrions pas être imposable l’année prochaine et les trois suivantes, sauf augmentation considérable de nos revenus. Donc pas concernés par la mesure Sarkozy , nous resterons locataires. Si cette proposition est restreinte à l’achat d’un logement principal, - comme ça devrait l’être sous peine de risque important de krash immobilier -  qui plus est au primo accédant, cela risque au total de concerner peu de personne. Les tranches encore plus supérieures étant déjà, je l’espère, propriétaires.

Pour finir, Sarkozy promet qu’il n’y aura plus de restriction concernant les personnes malades qui veulent prendre un crédit. Personne ne peut être contre ça. Reste à savoir comment il va changer les procédures des banques et des assurances privées.

Voila donc l’exemple type des fausses bonnes idées de Sarkozy. En réalité se cache juste l’idéologie du bonhomme : une France de propriétaires, car la propriété est la base même du capitalisme. Qu’importe pour lui que le logement est une urgence pour beaucoup de gens qui se contenteraient déjà d’une location. Il faut travailler plus pour gagner plus et devenir propriétaires. Cela ne répond pas au problème du logement. C’est une vision idéologique.

Alors quand, de surcroît, les moyens proposés risquent d’être peu efficaces, on sent que l’idéologie est en amont de toute réflexion. Il aurait pu par exemple parler des frais de notaire dont une bonne partie est reversée à l’Etat et qui sont exponentiels au prix d’achat. Pourquoi ne pas les baisser eux ? Pourquoi ne pas baisser voire supprimer la taxe d’habitation, impôt injuste par excellence ? Pourquoi ne pas inciter fiscalement les propriétaires loueurs à louer moins chers ?  Sont-ce des mesures trop à gauche pour monsieur Sarkozy ? Seront-elles reprises par Ségolène Royal ?

PS : n’étant pas expert en droit immobilier, j’accepte que vous me corrigiez (mais sans flashball).

Posté par 2007sanssarko à 08:30 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires sur Des propositions logées à mauvaise enseigne

    pétition contre sarko

    voici une pétition pour la déstitution de sarkozy, j'ai signé et je vous invite à signer et à diffuser largement, signez sur www.antisarkozysme.com

    Posté par antisarkozyste, 09 mai 2008 à 18:25 | | Répondre
  • tu n'as rien loupé

    Dans l'émission de TF1 « j’ai une question à vous poser » le 5 février dernier sarkozy portait une oreillette ainsi une équipe à l’extérieur lui donnait certaines réponses, notamment des chiffres et des détails

    la preuve ici : http://poly-tics.over-blog.com/

    Posté par jps, 10 février 2007 à 23:16 | | Répondre
  • Sarko, le boss à Nadine

    Jean MOLO, élu local, soutient Nadine MORANO, dans sa conquête républicaine du pouvoir en avant-poste de M. SARKOZY. C'est ici, en vidéo :

    http://www.dailymotion.com/video/x15r11_nadine-morano

    Posté par Jean MOLO, 13 février 2007 à 11:28 | | Répondre
  • Les médias disent quoi ?

    Premier enseignement, la campagne de Ségolène semble relancée. Ce sont les médias qui le disent. « Pari réussi ». Bon, soit. Mais pourquoi? Bah parce que les propositions étaient concrètes, qu'il y a eu un virage à gauche, sans pour autant que Ségolène ne se dénie, puisqu'elle a conservé ses « mesures » qui ont créé la polémique (l'encadrement militaire, les jury populaires, la révision de la carte scolaire).

    Pas si sur.

    Allez faire un tour par là, c'est lamentable.

    Posté par Loïc, 13 février 2007 à 15:14 | | Répondre
  • Oups

    J'ai oublié de mettre le lien

    http://birenbaum.blog.20minutes.fr/archive/2007/02/12/l-iconoclaste-et-la-fabrique-de-l-info.html

    Posté par Loïc, 13 février 2007 à 15:18 | | Répondre
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