2007 sans Sarkozy

Analyse au jour le jour, ou à la semaine la semaine, de l'actualité politique en vue de l'élection présidentielle de 2007. Très fortement orienté anti Sarkozy.

20 avril 2007

Le pouvoir des mots sans les photos.

Je vous invite à lire ce post de Julie du blog Coming oust,  une excellente analyse de discours de fin de campagne.

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09 janvier 2007

La possibilité du tout.

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Je ne croyais pas un jour en venir à dire ça, mais le fait est : si  Nicolas Sarkozy n'existait pas il faudrait l'inventer.
Que les choses soient claires, tant que demeurera un doute sur sa défaite le 6 mai prochain, je le considèrerais comme dangereux. Mais si, comme je l'espère, il perd cette élection, il deviendrait ce personnage politico-romanesque qu'on n'aurait osé imaginer.
Certes, j'en rajoute un peu.
Mais quand même, venons-en à ce qui m'enthousiasme chez notre ministre-candidat.
Il paraît donc que le slogan du candidat de l'UMP, slogan très certainement mûrement réflechi, serait "Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy".
J'adore.

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Voilà un type qui rêve depuis tout petit, je veux dire depuis l'enfance, d'être président de la république, "le projet de toute une vie". Voici bientôt cinq ans qu'il se montre et se montre pour faire croire qu'il est indispensable. Reconnaissons aussi qu'il a fait évoluer le débat politique devenu poussièreux, qu'il a fait bouger les lignes : il a fâché Bayrou, il a obligé le ps à se déringardiser, il a rendu Le Pen plus patriarche que patriotique, en gros, il a bien bossé pour ses adversaires. En même temps, il s'est rendu incontournable dans son propre parti et, sur le papier, il a quand même de grandes chances de gagner.
Seulement voilà, à vivre entouré d'un cercle restreint, à vouloir faire confiance outre mesure à sa femme pour sa communication, il se prend les pieds dans le plat. Déjà l'annonce de sa candidature ratée. La fausse nouveauté des 'journeaux de provinces" éventée par Libération. Moins pire que le fax de Jospin, mais pas terrible quand même.
Et puis, là, maintenant, ce slogan.
Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy.
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Un slogan qu'il a dû payer très cher, en plus. Monsieur Sarkozy, franchement je connais des concepteurs-rédacteurs qui vous auraient fait un meilleur slogan pour moitié moins, même s'ils ne sont pas de votre bord!
Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy.
Tout. Le meilleur comme le pire. Un élève de Terminale STT pourrait l'analyser. Tout. Avec Nicolas Sarkozy, tout devient possible, un krash boursier, une révolution, une baisse du pouvoir d'achat, la retraite à 80 ans, une guerre mondiale, que sais-je, TOUT, on vous dit, TOUT DEVIENT POSSIBLE !Comme à la SNCF dans les années 80, si, c'est possible !C'est Blessipo(souvenez vous de cette pub faussement jeune, hmm, un délice).
Ce n'est même pas Tout redevient possible, là encore, il y aurait eu peut-être moins d'ambiguité. Le "re" aurait été vache pour Chirac, mais il s'en fout de Chirac, Sarko, non?
Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy. Bien sûr, j'entends aussi la musique du générique de feu l'émission de Jean-Marc Morandini, Tout est possible, avec se slogan d'entrée : Ne zappez pas ! Tiens, ça aurait été mieux, ça comme slogan, Monsieur Sarkozy, non? C'est important que les électeurs ne zappent pas, vous ne trouvez pas?
Non franchement, si Nicolas Sarkozy n'existait pas il faudrait l'inventer. C'est du moins, ce que, je pense, ont voulu dire les "créateurs" de ce slogan. Sarkozy prestidigitateur, petit génie de la lampe, (petite maître à penser?), Sarko va rendre possible ce qui ne l'était pas. Mais ce n'est pas ce que  l'on entend forcément avec Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy. Mais, comme je l'ai écrit hier, Sarko n'est pas un lexicologue, ce qui est important pour lui, c'est d'être compris, et tant pis si c'est de travers.
Au fond il a raison, ce n'est pas si important un slogan de campagne, ça ne fait pas perdre une élection.
Encore qu'avec Nicolas Sarkozy, cela devient possible.

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08 janvier 2007

Ce mot royal que je t'aurais bien écrit avec l'encre de la muraille de chine de tes yeux.

Que n'eût-elle bravé là, Ségolène? De biens braves journalistes à l'affût du moindre dérapage verbal, désirant nous abreuver d'une information qui n'en est pas une? De dépravés politiques aux commentaires abrasifs voyant dans une hypothétique erreur de vocabulaire (le lapsus n'étant pas permis pour une femme?) l'incompétence avérée de la candidate socialiste à tenir les rênes du pouvoir? Ou bien ses amis politiques, brevetant la bave aux lèvres ce néologisme formidable, lançant des brava trop louangeurs pour être honnêtes?
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Ségolène Royal sait comment faire parler d'elle et que tous ses détracteurs, grotesques dans l'exploitation de "l'affaire bravitude", continuent de faire son jeu (ils n'ont pas compris encore, ou ils n'ont pas suivi la primaire socialiste, je ne sais pas moi).
D'autant que Ségo a piqué un subterfuge à Chirac qui, avec Abracadabrantesque (piqué aussi à Rimbaud) et "faire pschiit" a lancé deux expressions repris à tour de bras par les journalistes. Chirac a réussi là ou Miterrand avait échoué.  Ce dernier avait en effet dit à  Mourousi qu'il ne fallait plus dire "branché" mais "cablé", que c'était plus in en quelque sorte, ce qui, du coup avait ringardisé le mot "cablé".
Pas de ça avec Chirac ou Ségo : on dit le mot comme s'il existait. Et on laisse aller la glose. Et pendant qu'on parle DU mot, que l'on tergiverse, que l'on s'enflamme et bien on se détourne à la fois des problèmes, mais aussi des autres candidats.
Il faut dire qu'en terme d'inventivité, Sarko est à la traîne, et s'il a fait parler de lui avec deux mots ("Karsher" et "Racaille"), c'était deux mots bien existant et reconnus par tous, et dont la polémique était le suc. Sarkozy n'est pas une bête de la syntaxe, on le sait. Ce n'est pas non plus un lexicoloque avéré. Considérant que l'important était d'être compris par tout le monde, il a abandonné toute vélléité d'embellissement du langage. Il se trompe. Pour séduire, je veux dire pour séduire par la parole, il faut être un peu plus inventif, et ne pas se contenter de quelques traits d'humour sacarstiques, ni d'ailleurs d'un rigorisme psychorigide à la Jospin qui lui, était le roi du lapsus (à force de se contenir...).
Je ne crois pas à un lapsus de Ségolène, ni a une erreur de mot, c'est très certainement une invention "à la Royale", ni plus ni moins, pas de quoi s'extasier comme le fait Lang, ni de lui demander de déclarer forfait pour la présidentielle. Reste qu'il nous reste quelques mois maintenant pour savoir si cette "bravitude" aura été un morceau de bravoure.

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14 décembre 2006

Une histoire de mains pour la france d'après.

D’après le Canard Enchaîné daté d’hier, Sarkozy n’a gardé son calme Dimanche dernier  que pendant l’émission de Moati, Ripostes. Après, en revanche, il a  presque failli en venir aux mains avec Serge Portelli (vice-pdt du tribunal de grande instance de Paris). Toujours selon le Canard, le Ministre de l’Intérieur serait allé voir Portelli pour lui dire, de manière presque enfantine, « si j’avais à être jugé, je n’aimerais pas être jugé par un juge comme vous ». Ce à quoi le juge aurait rétorqué, « je n’aimerais pas être citoyen en 2007 si vous devenez Président de la République » le tout accompagné par une petite tape amicale sur l’épaule. Sarkozy se serait énervé et aurait crié à maintes reprises : « ne me touchez pas ! ne me touchez pas ! ».

Il est vrai que Portelli a eu le malheur d’apporter la contradiction avec véhémence au Président de l’UMP. Il a contesté les chiffres de ce dernier, et l’a pratiquement traité de menteur.

On le sait, Sarkozy ne souffre pas la contradiction, il traite souvent en privé ses collaborateurs de « connards » ou de « branquignols » lorsqu’ils ne vont pas dans son sens ou pas assez vite etc. Il en va de même avec ses adversaires donc. Mais le tout hors champs de caméra bien entendu. Pendant tout le « Ripostes », Sarkozy est resté stratégiquement calme, sa nouvelle manière d’être qu’il a pour gagner les élections présidentielles. Bon. Personne n’est vraiment dupe. La preuve, tout le monde remarque qu’il est calme.

N’empêche, son sang n’a  fait qu’un tour lorsqu’il retrouve Portelli après l’émission. Et il le tance presque comme un gamin, avec un air de « tartagueule à la récré » qui est assez symptomatique. Ce n’est pas la première fois en effet que Sarko emploie des expressions ou attitudes enfantines. N’a –t-il pas dit en  septembre 2005 : "Je ferai autre chose que de la politique, en particulier gagner de l’argent, mais, d’abord, je fais Président." On dit « je serais » mon chéri.

Il y a un côté gamin, chez Sarko. L’adversaire, il a envie de le battre presque dans un corps à corps.

D’où la difficulté qui se dresse à lui avec Ségolène Royal. C’est une femme, pas facile de se battre contre une femme.

Et pourtant, si l’on veut pour une fois être objectif sur ce blog, le déni de l’adversaire est tout aussi présent chez Ségolène.

Lorsqu’elle croise Françoise de Panafieu en Israël,la candidate Socialiste lui répond : « Je suis désolée mais après vos propos Madame, je ne vous salue pas ! » (Panafieu avait vivement critiqué Royal sur son absence de réaction à des propos qu’elle a visiblement pas entendu).

Elle est comme ça Ségo. Elle refuse de saluer. Elle avait déjà fait le coup à l’opposant de Michèle Bachelet au Chili. Dans un avion, ce dernier se pointe vers elle pour lui dire bonjour, et Sego refuse la politesse au prétexte d’opinions divergentes.

A ma connaissance il n’y a que chez Lutte Ouvrière que l’on fait ça, de ne pas saluer l’adversaire. Elle est peut-être plus à gauche qu’on le dit, Sego. Moi je ne trouve pas ça très fair play, mais bon, c’est très surement stratégique. C’est une manière de dire : la droite et moi, ça fait deux. Ou alors c’est vraiment une goujaterie structurelle : je ne salue pas ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, point barre.

On voit bien alors quel genre de combat va se dessiner entre les deux favoris des mediasondages. L’homme qui veut « faire la bagarre » avec celle qui prendra tous les chemins pour éviter justement cette bagarre. L’un qui veut le corps à corps, l’autre qui ne veut même pas toucher la main pour saluer. L’un dans le frontal, l’autre dans l’évitement.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, depuis quelques jours, c’est François Hollande qui s’occupe de charger Sarko. Outre l’aspect « j’envoie mon homme se battre », on risque bien de voir les prochains mois Hollande taper Sarko qui tapera Royal qui ne touchera personne, même pour serrer les mains.

Et là on pourra vraiment dire que Sarko fait des moulinets, car il va se battre contre l’évanescence faite reine. Et elle n'aura même pas besoin de crier "ne me touchez pas! ne me touchez pas!".

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16 novembre 2006

Le chant de Frêche pour toujours : l'intolérance

Je passe juste pour dire que les propos de George Frêche, soutien de Ségolène Royal. qui regrette "la présence de 9 blacks sur 11 dans l'équipe de France de football" est à proprement parler intolérable. Il est grand temps que cet odieux personnage, récidiviste en la matière, soit exclu du Parti  Socialiste, et qu'il puisse tranquille, comme Dieudonné, se promener à la fête de BBR.

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24 octobre 2006

22 vl'a le flic!

Ça y est, nous savons qu’il n’y aura pas de nouveau un 21 avril en 2007, étant donné que le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu… le 22 ! Dans 6 mois donc, quasiment jour pour jour, nous connaîtrons les deux survivants de cette compétition qui s’annonce âpre et rude. Ce sera très certainement l’élection la plus féroce depuis 1981, peut-être même de toute la cinquième république.

À cela plusieurs raisons. La première est la sensation de hold up qu’a provoqué le fameux 21 avril. Le combat, qui pourtant n’intéressait personne, entre Chirac et Jospin n’a pas eu lieu, les électeurs de gauche ont dû voter Chirac que les électeurs de droite avaient à peine envie d’élire ! N’oublions pas le choc causé par la présence de Le Pen au second tour : les français s’aperçurent que tout était possible dans une élection présidentielle, même le pire. La revanche des électeurs va être aussi une revanche des candidats.

La deuxième raison, c’est que cette élection marque la fin d’un cycle de près de 30 ans – dans l’hypothèse la plus probable où Chirac ne se représente pas. En effet, en 1974, Chirac était déjà premier ministre, et il aura été incontournable dans la vie politique française jusqu’à maintenant. En considérant les mandats de Mitterrand, 2007 mettra fin à 25 de présidence de deux protagonistes déjà influents sous De Gaulle ! Il n’y aura guère que Le Pen et Laguiller qui représenteront l’époque de Brejnev et de Nixon. (Il est toujours bon ton de nommer Brejnev pour rappeler à son interlocuteur qui a un âge avancé, Brejnev© , c’est la marque du vieux). La place à gagner est donc, a priori, réservée à un « nouveau », encore que ce terme en politique française demeure assez ambigu. On le sait, les « jeunes pousses » sont plus hargneuses.

La troisième raison, c’est ce qui se prépare dans chaque camp pour imposer son gagnant et en même temps pour détruire les favoris Ségo à gauche, Sarko à droite.

Et là, on peut être sûr qu’il va y avoir du combat.

J’ai même l’impression qu’il va y avoir des morts. On attend celui qui va tomber. On attend l’événement qui va contredire les sondages publiés 6 mois avant l’échéance.

Chirac va t-il tuer Sarko ? Les militants PS dépouilleront-ils Sego avec leur vote ? L’affaire Clearstream exterminera-t-elle Vilepin ? MAM participera-t-elle au complot contre le Ministre de l’Intérieur ? Jospin poignardera-t-il le candidat socialiste si jamais les sondages baissent ? Bayrou les éliminera-t-il tous ?

Il va y avoir des morts. Et en plus on les souhaite.

J’ai été étonné l’autre jour de voir dans l’émission C’est dans l’air, l’incontournable Christophe Barbier parler du caractère mortel des deux favoris, Sego et Sarko. C’est, de mémoire d’homme, la première fois que j’entends parler que l’élection n’ira à son terme comme on le pense, que si les protagonistes vivent jusqu’à l’échéance ! Alors même que les candidats n’auront jamais été aussi jeunes depuis 1974 !

De même, l’âge avancé de Le Pen fait espérer à certain qu’il ne pourra se présenter en avril 2007, ce qui changerait effectivement la donne.

Les Guignols, eux-même, résolvent les migraines de Sarkozy grâce au docteur Chirac qui préconise… un cercueil !

Toute cette thématique autour de la mort, ne présage pas un débat complètement serein, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Et c’est aussi la raison pour laquelle nul ne peut vraiment prévoir le 22 avril 2007, et encore moins le 6 mai.

J’ajoute ce petit scénario farfelu :

Un départ prématuré de Chirac, suivi d’une incapacité immédiate de Poncelet (l’émotion, sans doute) amènerait peut-être Jean-Louis Debré à assurer l’intérim ? Imaginez le cauchemar pour les Sarkozystes !

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12 octobre 2006

Y arriver sans cette minute où tout bascule

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La 107e minute, personne n’y a échappé en ce mois de Juillet 2006. C’est le fameux instant, lors de la finale du Mondial de Football, ou notre héros national, Zinedine Zidane, jouant alors le dernier match de sa carrière, administre un magistral coup de boule à Materrazzi. L’image a fait le tour du monde. Acte manqué ou véritable tragédie grecque comme le semble le supposer Anne Delbée dans son livre La 107 e minute (que je n’ai pas lu) ? Un peu des deux sûrement. Je ne reviendrai pas sur les causes de l’acte en question, je n’y trouve pas d’excuse, au contraire de ce que pense Ségolène Royal, les mauvais gestes au nom d’un honneur supposé peuvent mener au crime. Justifier la violence physique à cause d’un « fils de pute » est pour moi inconcevable. La violence d’honneur est la violence des cons.

Bref. Ce qui me semble plus intéressant dans ce geste, c’est l’instant ultime où tout bascule, alors même que tout semble réussir. Je suis persuadé que l’équipe de France aurait gagné (peut-être au penalty, sûrement dans les toutes dernières secondes de la prolongation) s’il n’y avait eu ce geste malheureux de Zidane. Et alors, ce dernier entrait dans la légende par la grande porte.

Quel est le rapport avec la politique, me direz-vous ?

Nous y voilà. Le tempérament de Sarkozy nous laisse à penser qu’il est capable de vivre sa 107e minute. Imaginez le débat d’entre les deux tours, Sarkozy contre Ségolène, par exemple, les sondages le donne vainqueur, oh d’une courte tête. Il va enfin arriver à son but qu’il a de quand il était tout petit. Pardon, enfant. Et là, à la 107e minute du débat, exalté par sa proche victoire, le candidat de la droite lâche « Ségolène, vous n’êtes qu’une pute ». Ca y’est, c’en est terminé pour lui. Il essaie de se rattraper, dire que sa langue a fourché, il s’excuse, même. Mais c’est trop tard, Ségolène déjà lui répète pour la 14ème fois « est-ce que vous diriez ça à un homme ? », « vous le diriez à Laurent Fabius ? ». La présidente de Poitou Charente l’emporte au deuxième tour avec 60 % des voix, pas une femme n’a voté pour Sarkozy.

Politique fiction, fadaise que tout ça, me rétorquerez-vous ?

Pas si sûr. Sarkozy, comme tout autre homme politique, et peut –être sûrement plus, est capable de flinguer sa campagne d’un revers de la main, par une maladresse qu’il aura forcément cherché, lui qui aime repousser les limites.

Mais ne nous trompons pas. D’autres perdants aux élections ont connu leur 107e minute. Jospin en 2002, avec son « vieilli, usé ». Mitterrand en 1974 alors que le « coup de boule » venait d’en face avec le « monopole du cœur ». Et nos regards se portent maintenant sur Ségolène Royal. Tous ses opposants, de droite comme de gauche, guettent une 107e minute qui la ferait basculer (dans les sondages, j’entends). N’est-elle pas arrivée hier avec « mon opinion est celle du peuple » alors qu’on lui demandait si elle était pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne ? Je sais bien que la phrase est extirpée de tout un entretien, mais Ségolène est tombée dans le piège. Or des pièges, il y en aura beaucoup pendant cette campagne. Et des provocations auprès desquelles celles de Materazzi seront de la roupie de sansonnet.

Il semble évident maintenant que le calendrier du Parti Socialiste est un véritable handicap, et que le choix de son candidat vient trop tôt. En partant 6 mois avant, la 107e minute risque d’arriver plus tôt. Et je ne suis pas sûr que l’on ait le droit à 3 remplaçants.

 

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08 octobre 2006

On se bat on s'ébat, mais est-ce qu'on débat?

Lorsque l'on parcours les blogs, et surtout  les commentaires, lorsque l'on écoute un peu les gens parler, s'intéresser un peu à la politique ou au bien au contraire s'en désintéresser, on retrouve assez fréquemment une forme de complainte qui semble caractériser cette pré campagne présidentielle :  il n' y a pas de débat, ce n'est que de la "peoplisation" (ou "pipolisation" , ou du people, comme vous voulez. Notons tout de même que cette francisation de "people" en "pipole" a un petit un air désuet, un peu troisième république, à l'époque n'écrivait-on pas "biftèque"?) .
Donc pas de débat. C'est la starac au Ps. On vote par SMS. Il n'y en a que pour Sego et pour Sarko. On ne parle pas des idées. Les médias font leur propre campagne. On ne parle que des personnalités, ces fameux "pipole" et de rien d'autre.
Voila en gros ce que l'on peut lire un peu partout. Ajoutons quelques réactions allergiques : les deux là y'en a marre, je ne vais pas aller voter si ça continue, ou bien je voterais Bayrou (le must de l'audace en ce moment), ou bien les sempiternels extrêmes de tout bord, bien entendu. Bref, ça râle.
Quelque chose me dit pourtant, qu'il y a un comme un air de déjà entendu dans ces jérémiades. Et qu'il y a aussi beaucoup d'amnésie et de méconnaisance du scrutin présidentiel.
Faisons marcher notre mémoiree, tout du moins faisons marcher la mienne.
J'ai voté pour la première fois en 1988, c'était les élections présidentielles, donc.
De quoi parlait-on à l'époque? De pas grand chose. Six mois avant, les français étaient prêt à élire Rocard qui se serait bien présenté si Mitterand une fois de plus ne s'était pas interposé. Et sinon? Bah on appelait Miterrand "Tonton", on lui demandait de ne pas "laisser béton". C'est qu'au bout de deux ans, tout le monde en avait éjà marre de Chirac et de Pasqua à l'intérieur.  Devaquet au piquet en 1986. Les voltigeurs et Malik Oussekine. Et après rien ne va plus. Tonton un mois avant l'élection lance sa candidature, fait du "ni-ni" son programme et écrase Chirac au second tour car les français ne voulaient pas de Chirac comme Président point barre. De débat il n'y eu point. Barre a bien tenté de dire des trucs, mais il faut bien avouer que ce n'était pas très bandant. Du coup 14% pour Le Pen, ça commençait déjà.
En 1995, l'automne a été consacré à la guerre Balladur-Chirac et de savoir lequel des deux se présenterait. Les Français, eux, auraient bien élu Delors, on ne sait pas trop pourquoi d'ailleurs, vu que la France était clairement à droite à l'époque. Mais Delors, ça faisait bien. Il ne s'est pas présenté, donc retour sur la guerre Balladuro-Chirac. Et puis vint Jospin avec son président-citoyen qui arriva en tête au premier tour on ne sait pas trop comment. Je crois me rappeler que c'était une musique du groupe "Europe" pendant sa campagne, rien que ça, normalement, ça aurait du le discréditer, mais bon les français sont bizarres. Le débat entre les deux tours entre Chirac et Jospin fut d'une tiédeur inouïe, courtois comme dans un salon anglais, et avec assez peu d'idées à la clef. Chirac s'est fait élire sur la Fracture sociale. Un comble.
En 2002, nous avons bien vu que de débat il n'y eu point. Chevènement, coqueluche à l'automne avec 14% d'intention de vote, renvoyait dos à dos Jospin et Chirac, qui, il faut encore l'avouer, n'ont pas fait grand chose pour se distinguer l'un l'autre. Le résultat, on le connaît tous, il fut celui de trois élections présidentielles sans véritables débats.
Que dire de cette fois, alors? Déjà, 7 mois avant le premier tour, la campagne n'a pas commencé. Pour être efficaces, les programmes ne doivent être distillés qu'au compte goutte avec une très nette accélération sur la fin. Il est donc encore trop tôt pour dire qu'il n'y a pas de débat (ce qui n'amenuise pas l'aspect "people", véritable, lui). D'autant que, mine de rien, on débat déjà. Que ce soient sur les régimes de retraites spéciaux, la carte scolaire ou sur l'encadrement des jeunes délinquants, plusieurs points ont été soulevés. On sent aussi  que cette élection sera un vrai affrontement, que les positions vont être plus tranchées, et peut-être même plus originales - à défaut d'être efficaces, mais sait-on jamais. Et surtout, surtout, le débat a été récupéré par les citoyens. Cela a commencé la veille du référendum et cela continue maintenant, notamment via internet. Saisissons cette chance de pouvoir débattre pour pouvoir élire notre président ou notre présidente.
Dès lors, ne nous perdons pas, nous citoyens, dans des débats pour dire qu'il n'y en a pas !

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26 septembre 2006

Je ne le vois pas Président

Lorsque l’on discute de politique avec des vrais gens qui s’y intéressent de très loin, l’on a souvent de précieuses informations sur les réflexes de vote de toute une population. Ainsi cette phrase qu’il me semble avoir toujours entendu la veille ou l’avant-veille de chaque élection présidentielle : « je ne le vois pas président ». Souvent cette phrase vient infirmer un discours sympathique, voire élogieux sur telle ou telle personnalité politique qui aurait certes des qualités, mais qu’on ne « voit pas président » .

Attardons-nous sur cet étrange adage qui semble relever de prime abord à quelque conclusion vaguement ésotérique. Il est bien entendu que « je ne le vois pas » doit être compris « je ne l’imagine pas ». C’est inimaginable qu’untel soit président. Cela dépasse la pensée. C’est hors d’atteinte de la pensée. Bon. Soit. On parle bien de Jacques Cheminade ?

Ah mais non ! Cette phrase que j’ai si souvent entendue, elle s’applique aussi à des « grands » candidats ! Et, lors de la campagne de 2002, plusieurs personnes m’ont assuré avec un aplomb certain « qu’ ils ne voyaient pas » Lionel Jospin président ! Dussé-je leur rétorquer qu’il était Premier Ministre depuis déjà 5 ans ! Niet ! Mais pourquoi donc alors bon sang ?

La réponse tombait comme un couperet : il n’a pas assez de charisme. Ou il n’en a pas la carrure. C’était selon.

Nous y voilà. On n’élirait donc pas un Président pour ses compétences mais pour son charisme. Ce qui a bien convenu à Jacques Chirac, me diriez-vous. Mais pas seulement. Jamais on ne disait de Balladur, « je ne le vois pas Président ». Dès son arrivée à Matignon, il s’est posé comme Président. Comme un peu le Président Louis XV. Ah non, ça ne va pas, là je suis en train de tout mélanger. Louis XV c’était un Roi, autant pour moi. Comme Mitterand.

Tout est là. Dans cette vision quasi monarchique de la fonction présidentielle. Dans la projection fantasmagorique du peuple pour son président-roi. Un roi qu’il peut choisir, directement. Mais pour mériter le poste, il faut faire figure de roi. Il faut paraître un peu au-delà. Ce qui a très certainement manqué à Lionel Jospin - et d’ailleurs le « président citoyen » est une idée qui, si séduisante soit-elle, n’a pas fonctionné - , mais aussi à Raymond Barre, Chaban-Delmas… et qui manquera sûrement à François Bayrou. On veut un Roi, qui a « des couilles » (Villepin n’est donc pas hors compétition ?), un Roi qui rayonne de sa prestance, qui représente toute la fierté Française à l’étranger, qui soit au dessus des Partis.

J’entends déjà des voix s’élever. Ségolène et Sarkozy, ils ne font pas vraiment roi ces deux là. Et pourtant tout le monde les voit président. Alors, hein ? Elle ne tient pas debout ta théorie ?

D’abord, ce n’est pas une théorie. Ensuite, il me semble que l’un des facteurs qui fait que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy soient les favoris des sondages est que justement leur image est basée sur le renouvellement de la position présidentielle (pas encore de la fonction, hélas). Cette année on ne tire pas les rois. On choisit entre le Père et la Mère. Du moins, cela s’oriente vers cette option.

En revanche, les « éléphants » du PS, Jospin en tête, eux ne « voit pas » Ségolène présidente. Et il est fort à parier que le mépris motivé par les Chiraquiens, Chirac en tête, envers Sarkozy, est aussi du même ordre.

Désacraliser la fonction présidentielle est pourtant nécessaire. Mais pour cela il faudrait d’une part redéfinir les rôles du Président de la République, d’autre part changer le mode de scrutin qui mène à son élection, autrement dit opter pour le suffrage universel indirect. Pour que le parlement retrouve sa place, pour que le premier ministre et lui seul mène la politique du gouvernement, comme dans quasiment toutes les démocraties européennes, pour que ce premier ministre soit le chef du parti vainqueur, pour qu’enfin le chef du parti vainqueur ne se voit pas retirer le job parce qu’il n’aurait pas « la gueule » de l’emploi.

Posté par 2007sanssarko à 17:24 - Les mots de la politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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