18 mars 2007
Pire qu'un film de Besson, un livre de Besson
Souvenez-vous de Jean-Pierre Raffarin, citant Laurie comme référence, et invoquant la « positive attitude ». Cette semaine, nous avons pu remarquer un autre phénomène : la « traîtrise attitude ». Particularité de ceux qui se sont ralliés à cette mode : ce sont des ex-jospiniste. La cible de leurs aigreurs : Ségolène Royal.
Commençons d'abord par le sourcilleux Claude Allègre. Quel autre personnage ayant exercé quelques responsabilités dans la République puisse inspirer aussi peu de respect que lui, outre Douste Blazy pour les raisons que chaque observateur de la vie politique connaît?
Claude Allègre.
Ce ministre de l'Éducation nationale qui ne faisait pas que haïr les profs : il le faisait savoir.
Un type qui fait prendre des risques à l'humanité en mettant en doute le réchauffement climatique, sous une caution scientifique que, bien entendu, le quidam lambda ne peut comprendre.
Un chic type en quelque sorte.
Alors, qu'il annonce en fanfare qu'il ne votera pas Ségolène Royal, parce que, il n'est pas d'accord avec ses positions scientifiques (sic), ne nous étonne guère, ni ne nous émeut. Ce qu'il reproche, en fait à Ségolène Royal, c'est son ambition.
Eric Besson, vous savez, celui qu'on connaît à force de nous demander si on le connaît, lui, a carrément écrit un livre à charge contre Ségolène Royal, pour annoncer qu'il ne voterait pas pour elle alors qu'il soutenait sa campagne, il y a encore un mois. Les quelques feuilles qu'on a pu lire de ci de là, ne démontre pas grand chose, sinon que Ségolène Royal a un sale caractère, qu'elle est ambitieuse (tiens donc), qu'elle n'en fait qu'à sa tête, et que scientifiquement (tiens donc) ce n'est pas une moderniste (en gros elle veut réduire les centrales nucléaires).
Ce n'est pas la première fois que je lis, que j'entends, qu'on me dit, que Ségolène Royal a un sale caractère, et d'ailleurs, il y a toujours quelqu'un qui connaît quelqu'un d'autre qui bosse en Poitou Charente qui peut l'attester. C'est fou le nombre de gens qui bossent en Poitou-Charente.
Bon, admettons que Ségolène Royal ait vraiment un sale caractère, qu'elle ne soit pas sympathique et qu'elle ait une ambition démesurée, ce que je n'ai, en fait, aucun mal à croire. Admettons ça et demandons nous en quoi est-ce incompatible avec la fonction de Président de la République.
Tous ceux qui comme moi lisent le Canard Enchaîné, savent bien que les milieux politiques ne regorgent pas d'enfants de coeurs. Nicolas Sarkozy piquent de très grosses colères auprès de ses collaborateurs et les traite de connards régulièrement. Il n'est d'ailleurs pas quelqu'un que l'on pourrait qualifier de sympathique, mais Mitterand ne l'était pas plus, n'est-ce pas?
François Bayrou a une réputation de pingre et fait preuve, paraît-il d'une immodestie à faire pâlir celle de Sarkozy.
Mais pourrait-il en être autrement? Ne faut-il pas une ambition démesurée, être mu par des forces inexplicables pour vouloir être Président de la République? Ne faut-il pas non plus une certaine folie?
On vient d'avoir douze ans d'un Président sympathique et qui ne s'aimait pas, en plus, on a bien vu le résultat !
Autre chose, dans le livre de Besson, il est reproché son inconstance, le fait qu'elle ne prévient pas quand elle change d'avis, etc. Pourtant, il y a plus de constance dans la ligne de Royal que dans celle de Sarko, il suffit de relire tous les discours depuis un an de ce dernier pour s'en rendre compte.
Dès lors, il m'est difficile d'expliquer autrement l'acrimonie belliqueuse des deux honteux traîtres que sont Besson et Allègre que par un réflexe machiste et misogyne qu'ils nieront, bien entendu, même sous la torture. Pourtant, il me parait presque évident que cette figure de mère autoritaire à pu créer des ressentiments énormes pour ces deux figures qui ont accompagné l'échec de Lionel Jospin. Et que, parce qu'ils n'ont pas fait l'analyse nécessaire, sans doute, qui les aurait libérés d'un complexe d'oedipe mal négocié, ils n'ont pu supporter les commandements égocentriques d'une femme politique qui (sur)joue de sa féminité.
Mais au fond, qui se soucie de l'avis de Claude Allègre et d' Eric Besson?
20 février 2007
Royal gagnante-gagnante
Enfin ! Enfin la candidate socialiste a pu créer en moi quelque chose qui avait été absent depuis le début des primaires : l’envie. Oui, hier, sur le plateau de l’émission au dispositif contestable « J’ai une question à vous poser », Ségolène Royal m’a donné envie de voter pour elle.
Assurément, les débats participatifs l’ont entraîné à faire des émissions avec des « vraies gens ». Ça tombe bien, c’est à la mode.
Pour une fois je ne l’ai pas senti empêtrée dans ses propositions. J’ai même mieux compris l’articulation de son pacte présidentiel, et certaines de ses propositions que je trouvais quelconque ont été éclairées. Certes du flou subsiste, mais il reste deux mois pour le dissiper.
Surtout, il était clair que nous avons deux choix de société qui se confrontent, à l’intérieur évidemment de cette économie de marché.
L’un pseudo-libérale tatchérienne, teintée de morale judéo chrétienne, et basée sur la méritocratie, représenté par Sarkozy.
L’autre mettant énormément l’accent sur la prévention, l’éducation mais aussi sur les différentes interactivités entre les acteurs économiques.
Clairement, on a l’image du père certes fouettard mais qui récompense les « meilleurs » contre la mère certes protectrice mais qui ne tolèrerait pas le laisser aller.
Un exemple tout bête, quand Sarko dit « Le travail crée le travail », Sego répond : « l’emploi appelle l’emploi », quand Sarko entend que les gens soient « libres » d’augmenter leur revenu, Royal préfère augmenter les salaires.
Alors certes, Ségolène Royal ne propose pas un programme à gauche toute, loin s’en faut. Mais c’est déjà plus appétissant que Jospin 2002 et surtout beaucoup plus tentant que Sarkozy 2007/2012/2017.
PS : je trouve quand même regrettable l'effacement des journalistes, et la juxtaposition de questions de "mon cas personnel qui me touche à moi directement". Quand je parlais de la compétence des électeurs hier, c'est aussi la compétence de voir plus loin que sa propre petite vie.
13 février 2007
Est-ce que ce 11 fait vriller les socialistes?
Je suis un mauvais militant. Je ne suis pas allé à Villepinte dimanche dernier. Je n'ai même pas regardé en direct live la prestation de Ségolène Royal. Pas envie de me retrouver comme ces parents pétris de trac lors de la représentation pseudo théâtrale de leur rejeton, point d'orgue d'une année studieuse en petite section de maternelle. Pas envie de regarder la télévision la main devant les yeux, en ouvrant mécaniquement les doigts pour apercevoir, juste apercevoir.
J'ai donc fait comme un « vrai gens. ». J'ai attendu que les médias me donne un résumé de leur cru, en fin de compte c'est la meilleure manière de savoir comment cela va être perçu.
Premier enseignement, la campagne de Ségolène semble relancée. Ce sont les médias qui le disent. « Pari réussi ». Bon, soit. Mais pourquoi? Bah parce que les propositions étaient concrètes, qu'il y a eu un virage à gauche, sans pour autant que Ségolène ne se dénie, puisqu'elle a conservé ses « mesures » qui ont créé la polémique (l'encadrement militaire, les jury populaires, la révision de la carte scolaire).
Quand on regarde les 100 propositions, on est face, effectivement, à une série de mesures plutôt ancrées dans les solutions « historiques » du Parti Socialiste, et l'on se demande quelles furent les fameuses « pépites » extirpées des non moins fameux débats participatifs. Néanmoins quelques idées sont intéressantes, comme la caution d'état pour les locataires (autrement plus juste que les propositions de l'UMP), les réformes institutionnelles vont toutes dans le bon sens, même si elles restent timides (on est loin de la 6ème République). Timide aussi la limitation à 17 le nombre d'élèves par classe en CP et CE1 dans les ZEP, alors qu'il faudrait limiter à 17 dans toutes les classes de France, du CP à la Terminale. Bon, je ne vais pas commenter toutes les propositions, on est encore là demain. Dans l'ensemble, elles sont séduisantes mais manquent souvent de corps. Lesprogramme fiscal de DSK dévoilé vendredi dernier était lui plus convaincant.
Mais le but de ce 11 Février n'était sûrement pas de tout dévoiler. Il importait de re-crédibiliser la campagne de Ségolène, et d'impulser une vraie dynamique. Dans quelques jours nous verrons bien si l'objectif est rempli.
Une chose est certaine, cette inflexion à gauche était la meilleure chose à faire. Il ne faut pas jouer le second tour avant le premier. Et, vu la débandade de la gauche anti-libérale, il n'est pas impossible que ses électeurs fassent le choix « du vote utile » à partir du moment où des engagements « à gauche » sont tenus. Il restera alors tout l'entre deux tours pour convaincre les électeurs gaucho bayrouiste de revenir dans le giron.
25 janvier 2007
Si la France devient un pays bas, le responsable sera Hollande
La défaite de moins en moins improbable de la candidate du parti socialiste ne pourra pas ne pas être analysée en omettant la lourde responsabilité de son premier secrétaire.
Dix ans après, en effet, le bilan est assez calamiteux. Une défaite cuisante en 2002, qui suit celles des municipales de 2001. La victoire du non en 2005 alors que le PS avait été requinqué par les régionales et européennes 1 an plus tôt. Certes, le PS n’est pas le seul en cause, de plus 40% de ses militants était contre le traité constitutionnel, mais le positionnement de Hollande était lui, clair et net, et les pressions lors du vote interne ont sûrement influencé le résultat. Il aurait du se retirer à ce moment là. Mais non.
Ensuite, sous la pression des éléphants, il décide de mettre la désignation du candidat le 16 novembre. Et là, nous sommes vraiment en train d’en payer les conséquences.
Six mois de campagne, c’est beaucoup trop long.
Songez donc. En 1969, la campagne n’a pu durer qu’un mois. De gaulle démissionne le 28 avril, le premier tour a lieu le 1er juin.
En 1974, le décès de Pompidou entraîne une campagne ultra courte de 5 semaines.
En 1981, François Mitterrand n’est désigné candidat que le 24 Janvier, alors que le premier tour a lieu fin avril.
En 1988, Mitterrand se déclare seulement 1 mois avant le premier tour.
En 1995, Jospin, outsider face à Balladur et Chirac est désigné le 5 Février ! A cette époque, on croit à un second tour Balladur-Chirac ! Jospin arrive en tête du premier tour !
En 2002, bon, on peut dire que la campagne a duré 5 ans, si on est mauvaise langue.
Bref, rien d’étonnant, en fait, que le programme de Ségolène Royal, ni d’ailleurs celui de François Bayrou, ne soit encore vraiment proclamé. Et si on pardonne à ce dernier, c’est qu’il est un outsider.
Il semble évident qu’il eût mieux valu désigner le candidat socialiste vers la fin janvier. Déjà, il n’est pas certain que c’eût été Ségolène l’élue. Et franchement, ça nous aurait ôté une épine du pied. Et, quand bien même elle eût été élue de la même manière, on aurait évité l’essoufflement quasi automatique.
François Hollande a beau être considéré comme un bon
analyste de la vie politique, il n’est pas très rigoureux lorsqu’il s’agit de
son parti. Il a fait une erreur de stratégie énorme, et prévisible.
18 janvier 2007
Crime de lèche majesté.
Mon silence flagrant ces derniers jours sur les dernières turpitudes des mes camarades socialistes n’a d’égal que mon exaspération.
Que Ségolène Royal prenne son temps pour dévoiler son programme, déjà, c’est une grosse prise de risque.
Que Hollande fasse sa propre campagne avec un style bourrin, ça n’est pas loin d’être une faute grave.
Que Montebourg tacle le dit Hollande en faisant de l’humour pas très drôle (« le seul défaut de Ségo, c’est son compagnon »), passe encore, mais ce n’était franchement pas le moment.
Qu’il ajoute : « c’était de l’humour », c’est carrément une faute de goût.
Qu’il file sa démission de porte parole de Ségo pour cette galégeade, c’est une connerie.
Que cette dernière le suspend pour un mois alors qu’elle se satisfait du retrait temporaire de George Frêche du parti socialiste cela devient carrément n’importe quoi.
Depuis quelques jours je sentais déjà poindre le fameux
tournant de la campagne, la 107e minute de
la Présidentielle. J’eusse préféré qu’elle s’appliquât à notre Ministre de l’Intérieur. Force est de constater qu’un boulevard semble maintenant s’ouvrir à lui et que, pour remonter la pente, le parti socialiste n’a plus qu’à espérer une bourde encore plus énorme de leur adversaire. Un coup de boule juste avant le premier tour.
17 novembre 2006
Ségolène a gagné un tour de taille
Force est de constater que je ne suis pas le Omar Sharif de la politique, et que, si j’ai donné le tiercé dans l’ordre, je me suis néanmoins complètement planté sur les scores. Bon. Ceci étant dit, je ne peux que prendre acte du résultat d’hier. Je suis bien évidemment déçu. Je crois quand même que je comprends les militants, l’ombre du 21 avril 2002 a énormément pesé, me semble-t-il sur ce scrutin. En voulant donner un signe fort à celle qui semble statistiquement le plus susceptible de l’emporter en mai 2007, les militants ont joué la sécurité, sans jeu de mot. Enfin si avec, j’en fais toujours (je donne à ce propos un bon point à celui qui a compris celui du titre du précédent post sur Frêche).
Nous pouvons noter une fois de plus que Paris ne vote pas de la même manière que la province. Ça devient de plus en plus significatif. Et c’est peut-être, du coup, un des meilleurs atouts de Ségolène, face à Sarkozy. La campagne très Poitou-Charente qu’a déjà entamée la candidate socialiste aura sûrement plus d’impact au niveau national que celle d’un Ministre, donc forcément parisien, qui plus est identifié comme le maire de Neuilly, ville particulièrement éloigné des préoccupations des « vraies gens ».
Cela dit la bataille sera âpre, rude, le résultat, si aucune autre surprise n’arrive, sera très serré.
Avant toute chose, la candidate socialiste devra encore convaincre les militants, et sympathisants plutôt favorables aux deux autres candidats. Et ce n’est pas gagné. Une frange va sûrement se disperser sur la gauche anti-libérale, et l’autre vers Bayrou, ceux qui auront fait ce dernier choix le feront pour contrer ce qu’on appelle à tort plus qu’à raison le « populisme ».
Ensuite, et c’est sur ce point que j’ai le plus de doutes, elle devra affronter très intelligemment Nicolas Sarkozy. Elle a vraiment intérêt à se faire coacher. En même temps, les attitudes viriles du président de l’UMP risquent bien d’être contre productives, il va être obligé de changer de musique, et ce n’est pas sûr qu’il puisse en maîtriser le rythme.
Ségolène Royal est donc pour l’instant le seul rempart que l’on ait pour contrer le Ministre de l’Intérieur. Il n’y a plus donc qu’à lui conseiller de se reposer quelques semaines, prendre des conseils à gauche et à gauche, pour reprendre de forces nécessaires au combat qui l’attend.
15 novembre 2006
Avant la paix émue au PS, les pronostics !
Puisque nous sommes sur un blog, et que je ne suis pas astreint au sérieux des propos tenus ici, je vais donc me lancer à un petit pronostic pour demain.
Je ne pense pas que Ségolène sera élue au premier tour. La video de la semaine dernière aura sûrement fait pencher la balance des indécis, et probablement interpellé les 30 000 enseignants qui composent le corps électoral. Aussi, je vois bien Ségolène Royal faire un score de 44%, chiffre totalement aléatoire dû au pifomètre de votre serviteur.
J’aurai tendance à croire que celui pour lequel je vais voter atteindra la deuxième position. Les nouveaux adhérents, plus porté par un élan ségolèniste, mais au fond déçus par ses dernières semaines, iront plus vers DSK. Beaucoup de Jospinistes vont se tourner vers lui. Aussi, un score de 30% me paraît jouable, et même souhaitable.
Reste donc 26 % à Fabius, ce qui est au delà de ses 21 % portés à sa motion, et, compte tenu de l’agrandissement des troupes, beaucoup plus en nombre de voix. Pourquoi un tel pronostic ? Et bien, je vais vous le dire. Une grande partie des nonistes, c’est-à-dire, une frange de Rénover Maintenant de Montebourg, plus une autre du NPS (Nouveau Parti Socialiste) de Vincent Peillon risque de ne pas suivre leur leader, Ségolèno-opportuniste, et apporter leur suffrage pour Fabius. Cependant, les nouveaux adhérents, plus prompts à la nouveauté, c’est-à-dire en rupture avec le miterrandisme, plus jeunes aussi, seront sûrement peu enclins à voter pour celui qui le premier ministre lorsqu’ils étaient adolescent, voire enfant.
Après demain les résultats infirmeront sûrement ces prévisions. Dans le cas contraire, je monnaierais très cher les prochaines.
Je terminerai avec cette petite phrase de Thierry Solère, maire UMP de Bologne Billancourt,
Pour une fois que je partage l’analyse d’un UMP, soulignons-le !
10 novembre 2006
Des grandes vacances pour Ségolène !
Surfeurs fous, blogophiles et autre accros à Youtube et Daily Motion, vous ne pouvez pas ne pas être au courant de la video cachée ou Ségolène revendique les 35 heures pour les profs dans les établissements.
Cette "idée", sortie tout droit d'un comptoir PMU, est complètement à côté de la réalité du métier d'enseignant. Car, si les enseignants doivent passer le reste du temps hors des cours pour faire du soutien scolaire, quid de la préparation des cours et des corrections de copies? N'oublions pas que le temps de travail d'un enseignant est basé sur la trilogie : préparation, correction et enseignement à quoi s'ajoutent les activités administratives et pédagogiques. Or il est évident que si un enseignant enseigne 18 heures, fait du soutien pendant 10 heures, par exemple, il ne reste plus que 7 heures pour le reste, y compris préparer les heures de soutien. Ce qui, évidemment, est infaisable, notamment les premières années, notamment dans l'établissement scolaire, a priori pas prévu pour ça (pas assez de place, pas assez d'ordinateur, de calme, de livres etc. ). Bref, je pourrais continuer pendant des lignes pour démonter l'argument fallacieux de Madame Royal, je n'ose plus l'appeler camarade. Il y a sûrement des choses à remettre à plat dans l'éducation Nationale, notamment repenser la fonction des enseignants, mais ce n'est sûrement pas de cette manière. Ne le nions pas, Ségolène nous fait du Sarkozy. C'est un argument de Beauf. Et que Montebourg essaie de rattaper le coup en dénonçant la "marchandisation du soutien scolaire" est tout aussi ridicule.
Qui bosse la plupart du temps chez Acadomia ou les Cours Legendre? Des étudiants qui ont une maîtrise ou un Master, et qui sont en thèse, des profs vacataires, vous savez ceux qui n'ont le droit de faire que 200 heures par an dans l'éducation nationale, et peut-être quelques profs en service, mais franchement, je crois peu. Car ce n'est pas très bien payé par rapport au prix du cours. Et quand bien même, un des avantages du métier d'enseignant est d'organiser son temps de travail comme on le souhaite. Dès lors, quel est le problème ?
Quand à savoir si on doit ou non exploiter cette video prise à l'insu de l'intéressée, je ne vois pas pourquoi on s'en priverait. Les journalistes ne se sont pas privés de relater le "vieilli, usé" de Jospin, qui était du Off. Et puis, c'est sur du fond, là, ce n'est pas du people. Et le fond de la pensée de Ségolène commence franchement à battre de l'aile. Il n'y a plus qu'à espérer que les militants se réveillent.
08 novembre 2006
Règlons le cas de la déesse des sondages : votons DSK
Hier a eu lieu le dernier débat télévisé entre les trois prétendants socialistes dont les thèmes étaient l’Europe, les relations internationales, et l’environnement. Un débat que j’ai trouvé d’assez bon niveau avec des réponses précises. Il faut dire que, notamment sur les relations internationales, les avis sont plus consensuels. Bon, on sent bien que les trois candidats, comme d’ailleurs le reste de la classe politique, ne savent pas quoi faire du non à la constitution Européenne, même si il semble pris en compte. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autre hier soir, Laurent Fabius s’est montré le plus convaincant. Chacun aura eu son débat gagnant en fin de compte. DSK sur l’économie, Ségolène Royal sur les problèmes de société, et Laurent Fabius, donc, sur l’International. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien techniquement que Fabius était le plus fort hier, une vraie stature de chef d’État, une connaissance pointue des dossiers, et une véritable expérience, non oubliée visiblement. Sa conclusion était, à mon sens, une conclusion de campagne présidentielle, pas de primaires. Il n’y a pas à dire, hier, Laurent Fabius a pu se prendre pour le futur Président de la République. Il a joué au Président, on pourrait dire. Il a crevé l’écran.
Néanmoins, Laurent Fabius ne pourra pas rassembler au delà de la vieille garde de militants, Fabusiens depuis toujours, y compris lorsque Fabius était à la droite de la gauche. Autant je comprends qu’un homme politique peut changer d’avis, autant j’ai plus de mal à comprendre que tous ses supporters changent d’avis en même temps. Mais c’est sûrement pour cela que l’on appelle ça des « courants », ça entraîne tout sur son passage. Inutile de dire que le militant novice que je suis se sent totalement étranger à ce phénomène.
Le militant novice que je suis, d’ailleurs, doit prendre une décision pour le 16 novembre. Cela fait quelques jours déjà, que je ne sens pas Ségolène à la hauteur de la campagne qui l’attend, celle contre Nicolas Sarkozy. De plus, je ne me sens pas vraiment concerné par les idées qu’elle avance. Je trouve dommage d’avoir Montebourg dans son entourage et de n’avoir pas défendu plus hardiment la 6ème République. J’aurais aimé que sa tonalité novatrice soit mise à contribution pour des idées plus ténues que des gadgets. Et puis, elle a une voix insupportable, on ne va pas tenir 6 mois à l’entendre à la radio, ce n’est pas possible, imaginez l’or-dre juste (avec un long chuintement grave sur le « ju ») répondu à « est-ce que vous trouvez normal, madame Royal, que (compléter la phrase) », et ce, tous les jours ? Non, et puis, la surarticulation Royaliste face à l’excitation mécanique Sarkozienne, on ne va pas tenir, on va finir par voter Buffet, tiens.
J’aurais bien aimé voter Fabius. J’aurais bien voulu être convaincu par ses nouvelles idées de gauche qu’il a, d’autant que j’ai aussi voté non au référendum. Mais, outre le fait que je pense toujours qu’il a un déficit grave de popularité complètement irréversible, il n’a pas su faire autre chose que d’énumérer de vieilles recettes éculées de la période Mitterrandienne. Pouvait-il faire seulement autrement ? N’eût-il pas dû sortir du parti socialiste pour être le moteur d’une gauche, sinon complètement anti libéral, du moins proche de ce qu’a fait Oscar Lafontaine en Allemagne ? Au lieu de ça, il a été le candidat qui a répété le plus de fois le mot « socialiste », et c’est peut-être assez bizarrement ce qui l’a, sinon ringardisé, au moins remis des années en arrière. Il ne pouvait être un homme neuf avec sa vieille garde robe.
Alors on va croire que je vais voter DSK par défaut. Ce qui n’est pas totalement vrai. Il y a très longtemps que je pense que DSK est le seul à même de battre Nicolas Sarkozy. Cela date très exactement d’avant le premier tour de 2002, pendant un débat qui laissait s’affronter les deux hommes. Un débat de haute volée, dont on pouvait deviner une avance de DSK, oh très légère. Sarkozy avait d’ailleurs dit juste après, en off, « là vous avez vu les deux qui seront au débat de l’entre deux tour en 2007 », preuve s’il en est de la modestie de notre très cher Ministre de l’Intérieur – ainsi que de son obsession.
Je ne suis pas spécialement un social démocrate. A vrai dire, je l’étais plus, plus jeune, et j’ai eu tendance à me gauchiser en vieillissant. Toujours est-il que je ne sais pas encore comment on peut sortir franchement du libéralisme actuel et de la mondialisation sans bain de sang. Du coup, j’ai tendance à croire qu’il vaut mieux faire confiance à quelqu’un qui connaît bien les ficelles de l’économie de marché pour réguler ses effets pervers, plutôt que d’attendre le grand soir. Et dans cette campagne d’investiture, j’ai trouvé DSK assez volontaire pour ça, et je l’en crois capable, comme il est capable de battre l’adversaire de droite. Maintenant, je ne cache pas que DSK n’est pas mon candidat idéal. Mais choisir c’est renoncer. Et la démocratie c’est aussi renoncer souvent.
25 octobre 2006
Ségo s'était fait une ligne de coach
J’aime bien les débats. Même s’ils sont entre candidats du même bord. Même si l’enjeu est rudement important, vu qu’il s’agit à terme d’envoyer un homme ou une femme combattre et battre un adversaire dangereux. J’aime bien mesurer les argumentations, j’adore être surpris par l’explication des thèses, je goûte sans déplaisir les tics de rhétorique, je fond devant une phrase assassine ou une remarque habile. C’est terrible, je ne devrais pas, ce ne sont que des hommes politiques qui font du marketing, entends-je déjà. Bah oui, mais je n’y peux rien, j’aime ça, comme j’adore la page 2 du Canard Enchaîné et quand ça s’engueule à N’ayons pas peur des mots, bref, j’aime la politique, les joutes qui l’accompagnent, et je ne sais fichtre pas pourquoi je souhaite la suppression de l’élection Présidentielle au suffrage universel direct, vu que je suis féru de cette élection. Complètement addict. Sûrement maso.
Ceci étant dit, revenons au débat. Hier, on a dépassé le débat de l’époque de Brejnev©. Bien. On a vu aussi poindre les différences. Trois styles aussi. Pour résumer, chaque candidat avait son mot fétiche: la valeur, la confiance, et le projet socialiste.
Grâce aux journalistes, et sûrement grâce à un entraînement intensif la semaine passée, Ségolène Royal a su non seulement ramener le débat autour de ses propositions, mais aussi les éclairer avec une conviction, dans le ton et dans le fond, qui n’était pas apparue lors du premier débat. Autant elle avait l’air d’être à part la semaine dernière, autant on a l’impression que Fabius et DSK étaient à part cette semaine.
Certes DSK est paru plus convaincant sur l’Université, seul vrai domaine où il a été concret. Le reste, même s’il est resté pédagogique, demeurait vague. Cette confiance en la confiance, je m’en méfie. Je m’en méfie d’autant plus que les français, habitués depuis 4 ans à la loquacité du Ministre de l’Intérieur risquent d’être sourds à toute proposition qui ne s’ancrerait pas dans le réel. C’est ce qu’a parfaitement compris Ségolène.
Bien évidemment, on ne préside pas un pays comme la France, avec des jurys populaires pour surveiller les élus, une modification de la carte scolaire, ou encore un encadrement militaire pour les primo-délinquants. Là où c’est finaud, c’est tout le discours préparatoire, sur les fondamentaux et les valeurs, dont, au fond, toutes les propositions qui chacune ont fait scandale, ne seraient qu’un exemple d’application. Quand Sarkozy veut faire face à un problème qui a un retentissement médiatique, il propose une solution de colmatage, mais la fait passer pour de l’action. Exemple : les gangs dans le train de Nice, ont immédiatement amené une annonce qui préconisait des policiers dans les trains. Ségolène, elle, pose ses valeurs, fait une proposition pour les appliquer qui va, comme par hasard, monopoliser le débat, ce qui lui permet de réexpliquer plus fortement ses fondements qui, il faut bien l’avouer, titillent la corde sensible des français.
L’exemple plus flagrant, hier, était sur l’encadrement militaire. En personnalisant « en tant que mère » sa proposition d’encadrement militaire pour une mission humanitaire les primo délinquants, elle était dans un registre qui rassurait autant ceux qui avait peur que l’on colle systématiquement des militaires aux jeunes, que ceux qui attendent des solutions à la délinquance.
A côté de ça, la réponse théâtrale de Fabius (qui a beaucoup fait rire les militants socialistes de ma section pendant une heure et demie) a fait pschitt. Déjà je ne sais pas d’où il sort le chiffre de 48 000 primo délinquants chaque année, ça me semble beaucoup, en gros 6% d’une classe d’âge et quasiment autant que le nombre de prisonniers en France. Ensuite, en restant dans sa posture de candidat du projet socialiste, et rien que ça, il est apparu une fois de plus archaïque. Et pourtant brillant parfois dans ses réparties. Des fois grotesques. Lorsqu’il se vante d’avant-gardisme en parlant du mariage homosexuel et de la famille, on a envie de lui répondre que oui, c’est de l’avant garde… sous Mitterrand.
Reste que je ne suis toujours pas en mesure de dire pour qui je vais voter le 16 novembre. Je n’arrive toujours pas à déterminer si la façon de faire de la politique de Ségolène Royal est un pari audacieux, ou bien du flan total, un brûlot marketing. Je sais, j’ai encore une part de naïveté. D’un autre côté, même si je sais que DSK a des atouts incontestables pour devenir un chef d’Etat, qu’il a les capacités pour combattre Sarkozy, je ne suis pas sûr qu’il fasse rêver les français.
Et la part de rêve dans cette élection a une place prépondérante, Jospin pourrait vous le confirmer.

