02 avril 2007
Là où il y a des gènes, Sarkozy ne boude pas son plaisir
Longtemps les anti sarkozistes venant du centre et de la gauche modérée ont mis à frein à leur critique. Les journalistes notamment, y compris parmi les plus virulents (je pense à ceux de Marianne) ne manquent pas de rappeler que Nicolas Sarkozy est quand même un républicain démocrate, et que l'assimilation de ce dernier à Le Pen, et notamment l'appellation Sarko-Facho était non seulement fausse mais aussi complètement improductive. Et je leur donnais raison.
Pourtant force est de constater que, si l'homme n'est pas raciste, et qu'il est sûrement anti-Le Pen, son discours, lui, révèle une pensée dont la dangerosité peut être sur certains points au moins égale à celle du Front National.
Ainsi dans son discours de Nice peut-on entendre "Les Français auront à choisir entre ceux qui pensent que la République commence avec le respect de la loi et ceux qui pensent que la liberté c'est de faire n'importe quoi. (...) Entre ceux qui veulent que les délinquants soient punis et ceux qui prétendent que c'est toujours la société qui est coupable. (...) Entre ceux qui ont plus de considération pour les délinquants que pour les victimes."
Même en campagne électorale, la caricature de l'adversaire a des limites. Le candidat de l'UMP n'en est pas à son coup d'essai dans ce genre de posture. Pendant 5 ans, il nous a sermonné qu'il y avait, au fond, d'un côté les délinquants, de l'autre les victimes, et que, se poser seulement la question de savoir pourquoi il y avait de la délinquance revenait à les dédouaner, et donc ne pas respecter les victimes. Le mal contre le bien, en somme.
C'est pour cela, entre autre, qu'il a supprimé la police de proximité, puisque la « seule prévention qui vaille, c'est la sanction ».
Dans le dernier numéro de Philosophie Magazine, lors d'un face à face avec Michel Onfray, on peut noter ce passage :
Nicolas Sarkozy : Je
me suis rendu récemment à la prison pour femmes de
Rennes. J'ai demandé à rencontrer une détenue
qui purgeait une lourde peine. Cette femme-là m'a parue tout à
fait normale. Si on lui avait dit dans sa jeunesse qu'un jour, elle
tuerait son mari, elle aurait protesté : « Mais
ça va pas, non ! » Et pourtant, elle l'a
fait.
Michel Onfray : Qu'en concluez-vous ?
N. S. : Que l'être humain peut
être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous
avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas
d'un côté des individus dangereux et de l'autre des
innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de
beaucoup d'innocence et de dangers.
M. O. : Je
ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l'homme est
naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni
mauvais.
On le devient, car ce sont les circonstances qui
fabriquent l'homme.
N. S. : Mais que
faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?
M.
O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée.
Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez
pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par
exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé
un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles,
d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît
pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile.
Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos
gènes, mais par notre environnement, par les conditions
familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.
N. S. : Je ne suis pas d'accord avec
vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît
pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne
sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes
qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce
que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que,
génétiquement, ils avaient une fragilité, une
douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains
développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une
faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances
ne font pas tout, la part de l'inné est immense.
Voilà donc le noeud de la pensée Sarkozienne. Cette pensée à un nom, elle s'appelle l'eugénisme. Et elle éclaire rudement le programme du candidat.
Le candidat de la France qui se lève tôt, c'est-à dire des courageux contre les feignants, de ceux qui ont la volonté de s'en sortir. Et ceux pour qui la volonté ne suffit pas, on ne pourra pas dire que c'est de la faute de la société, vu que c'est inscrit dans le patrimoine génétique, n'est-ce pas ?
S'il existe un gène du pédophile – ou du dépressif - , on imagine très bien quel genre de gène on peut trouver à toutes les perversités humaines. Sans que jamais la société, et par ricochet l'action du Président de la République, ne soient mises en cause !
N'est-il pas normal, après tout, que ce apologiste de l'innée, du patrimoine génétique, veut tout faire pour que le patrimoine, justement, le patrimoine financier ne sorte surtout pas de l'escarcelle originelle?
Tout se tient !
La méritocratie Sarkozienne va permettre de dépister ceux qui vont pouvoir construire et vivre dans la société de demain. Mais que faire alors des autres? Il n'en est pas encore question.
Alors, c'est certain, le Sarkozisme n'est pas mû pas l'inégalité entre les races, ni même entre les peuples. Il n'empêche qu'à certains égards le Sarkozisme est un fascisme.
Mais cette assertion n'a sûrement aucune valeur : elle est dite par quelqu'un de « gauche qui a abandonné toute valeur morale ».
Pas trop intellectualiser, surtout. Ne rien remettre en cause de ce que la nature a créé. Voilà ce que Sarkozy avait à vous dire.