26 février 2007
Les paraphes un par un des parrains imparables.
Pendant trois semaines, on ne va parler que de ça. Pourront-ils se présenter ? Surtout lui. Lui, il en parlera quotidiennement. Lui, il dénoncera un complot par jour différent. Le PS, L’UMP, De Villiers, Les Francs Maçons, les Juifs etc. tous, tous auront fait pression sur les maires pour ne pas donner leur signature à Jean-Marie Le Pen. C’est couru d’avance. Comme en 2002. Et si jamais, comme par un des plus grands hasards, il les a ses signatures, et bien il aura été à l’affiche pendant trois semaines.
Et les autres ? Les autres, rament aussi. Cinq candidats seulement sont assurés de participer à l’élection : Royal, Sarkozy, Bayrou, Buffet, et Laguiller si ses promesses se transforment en signatures.
Deux minuscules candidats affirment aussi les avoir :
Jean François Allenbach, candidat fédéraliste qui prétend sur son site avoir 737 promesses. Vu qu’il donne le décompte département par département, on s’aperçoit que ses promesses proviennent de 18 départements alors que 30 départements minimum doivent être représentés (et 50 par département au maximum), donc, Allenbach ne sera logiquement pas candidat.
Rachid Nekkaz, candidat je ne sais pas quoi, revendique
521 promesses. On demande à voir.
Pour l’instant, Voynet, Besancenot, Bové, De Villiers, Le Pen, Dupont-d’Aignant,
Lepage, Nihous, représentant à vue de nez plus de 30% des suffrages ne sont pas
assurés d’être présents au premier tour.
C’est particulièrement scandaleux. Que ce barrage soit adoubé par un professeur
de droit m’importe peu. Que pendant 3 semaines et plus, parties de bluff,
escroquerie urgente de Nicolas Miguet et autres coups bas, décompte à rebours
des précieux paraphes rythment l’actualité de la campagne, masquant impunément
le fond, tout ça est simplement grotesque. Et le tout risque de ne
nous faire passer pour un pays anti-démocratique.
Que dirait-on en effet si un candidat présent au second tour de l’élection
présidentielle n’a pas le droit de se présenter le scrutin suivant ?
Il n’y avait qu’une seule modification à faire pour sauvegarder un barrage
sans tomber dans le ridicule : ne pas rendre public le nom des
signataires.
On ne refait pas l’histoire.
Il y aura de la perte, c’est évident.
Un Le Pen absent c’est la gabegie assurée. Il est capable de faire
voter Laguiller pour « faire pêter » le système. Présent, après 3
semaines de pub gratuites, il pourrait réitérer son exploit de 2002.
On pourrait aussi, après l’engouement pour Nicolas Hulot, n’avoir aucun candidat écologiste : superbe ironie.
Ça me fait penser à l’acharnement qu’ont eu les Américains à garder leur système de vote qui a tant été contesté en 2000 lors de la première « élection » de Georges W Bush.
Il ne manquerait plus que l’on soit obligé de recompter les bulletins le soir du 6 mai pour parfaire cette impression de cafouillage.
23 février 2007
Au croisement, à gauche
Depuis une semaine la campagne de Nicolas Sarkozy patine. Après avoir réussi à tenir le devant de la scène depuis le 14 Janvier, trois éléments sont venus perturber son envolée.
D’abord l’émission de Lundi avec Ségolène Royal, qui l’a
remise dans
la course. En
battant Sarko à l’audimat, elle a au moins déstabilisé son adversaire, friand des données de médiamétrie.
Ensuite l’irrésistible percée de Bayrou dans les sondages. Selon un phénomène bien rodé, plus il monte dans les sondages, plus on en parle dans les médias, plus il monte dans les sondages. En gros, on fait avec Bayrou ce qu’on a fait avec Ségolène l’année précédente. L’UMP n’a nulle envie de se retrouver face au candidat de l’UDF au second tour. On ne sait pas bien trop pourquoi. Comme je l’ai déjà dit, je n’imagine pas la gauche voter comme un seul homme pour Bayrou au second tour. Toujours est-il qu’on a plus entendu parler de Bayrou que de Sarkozy.
Car enfin l’autre petit problème de Sarkozy, c’est que les couacs de son camp, quoique discrets, n’en ont pas moins laissé des traces. Après avoir dit « être entouré de connards » (cf. Canard Enchainé de cette semaine) suite aux cafouillages sur le financement de son programme (« bien sûr qu’on ne tiendra pas tout, mais il ne faut pas le dire »), on sent bien que Sarko n’a rien sous la main à nous proposer.
En effet, si « l’allocation dès le premier enfant » seule vraie carotte de son programme, est reporté aux calendes grecques, il va falloir trouver autre chose.
Du coup, cette semaine Sarkozy a parlé d’Europe. Mais l’Europe, or période référendaire, ce n’est pas très vendeur. Surtout que Sarko ne sait pas vendre l’Europe. Il n’a pas su (ou voulu) défendre le oui, et au fond l’Europe, ce n’est pas vraiment ce dont il aime parler. Et d’ailleurs on ne l’entend pas.
Et manque de bol, Royal réorganise sa campagne et même
Jospin revient ! Alors on va entendre Stone et Charden Rachida Dati et Xavier Bertrand crier au
retour des éléphants, ils vont se moquer un petit peu, c’est de bonne guerre. Mais
est-ce que ce sera suffisant pour remettre Nicolas Sarkozy en avant ?
Car la petite baisse de ce dernier dans les sondages ne doit
pas s’éterniser s’il veut rester dans
la course. Une
inversion fin février est d’expérience (mais est-ce une science exacte ?) fatale.
Nul doute qu’il se prépare rue d’Enghien une contre attaque d’envergure. Mais maintenant l’UMP doit tirer sur deux fronts : le PS et l’UDF. Et l’autre front, le national, n’a pas encore dit son dernier mot. Dès lors Tout devient possible.
20 février 2007
Ifop pas pousser mémé dans les orties.
Comment un candidat qui ne dépasse pas 17 % au premier tour, et qui ne le passe pas, peut gagner au second? Grâce aux instituts de sondage de Madame Parisot !
Le medef jouerait-il "la carte Bayrou" pour que les électeurs socialistes votent pour lui dès le premier tour (dans le vague espoir que Sarkozy alors ne passe pas), je n'ose le croire.
En tout cas, il n'est pas vraiment sérieux de penser que ceux qui vont voter Laguiller and Cie se reportent d'un seul bloc pour le candidat UDF.
Ou alors l'exception française aura encore une fois frappé.
Royal gagnante-gagnante
Enfin ! Enfin la candidate socialiste a pu créer en moi quelque chose qui avait été absent depuis le début des primaires : l’envie. Oui, hier, sur le plateau de l’émission au dispositif contestable « J’ai une question à vous poser », Ségolène Royal m’a donné envie de voter pour elle.
Assurément, les débats participatifs l’ont entraîné à faire des émissions avec des « vraies gens ». Ça tombe bien, c’est à la mode.
Pour une fois je ne l’ai pas senti empêtrée dans ses propositions. J’ai même mieux compris l’articulation de son pacte présidentiel, et certaines de ses propositions que je trouvais quelconque ont été éclairées. Certes du flou subsiste, mais il reste deux mois pour le dissiper.
Surtout, il était clair que nous avons deux choix de société qui se confrontent, à l’intérieur évidemment de cette économie de marché.
L’un pseudo-libérale tatchérienne, teintée de morale judéo chrétienne, et basée sur la méritocratie, représenté par Sarkozy.
L’autre mettant énormément l’accent sur la prévention, l’éducation mais aussi sur les différentes interactivités entre les acteurs économiques.
Clairement, on a l’image du père certes fouettard mais qui récompense les « meilleurs » contre la mère certes protectrice mais qui ne tolèrerait pas le laisser aller.
Un exemple tout bête, quand Sarko dit « Le travail crée le travail », Sego répond : « l’emploi appelle l’emploi », quand Sarko entend que les gens soient « libres » d’augmenter leur revenu, Royal préfère augmenter les salaires.
Alors certes, Ségolène Royal ne propose pas un programme à gauche toute, loin s’en faut. Mais c’est déjà plus appétissant que Jospin 2002 et surtout beaucoup plus tentant que Sarkozy 2007/2012/2017.
PS : je trouve quand même regrettable l'effacement des journalistes, et la juxtaposition de questions de "mon cas personnel qui me touche à moi directement". Quand je parlais de la compétence des électeurs hier, c'est aussi la compétence de voir plus loin que sa propre petite vie.
19 février 2007
Lire les lignes au lieu d'entre les lignes
Sarkozy dit avec aplomb devant 8 millions et demi de téléspectateurs que 50 % des salariés français sont au smic, alors qu’en réalité il s’agit de 17% : personne ne relève.
Lors de son déplacement au Mont-Saint-Michel, Nicolas Sarkozy a utilisé le mot "héritation" pour parler d'héritage, mais comme il l’a prononcé avec bravitude, on lui a passé cette bévue sous silence.
Ça cafouille à l’UMP sur le chiffrage du financement du programme et sur l’infaisabilité des certaines mesures du programme de Sarkozy : ça doit être trop technique sûrement pour les téléspectateurs, on l’évoque à peine.
Plus il devient flagrant que le traitement de l’information est clairement passé sous le prisme sarkozien, plus le candidat de l’UMP monte dans les sondages (enfin, est donné gagnant au second tour, nuance).
Le plus surprenant, c’est le nombre de sympathisants socialistes qui, méfiants au départ envers la candidate, se sont laissé convaincre que Ségolène Royal était nulle, sans même remettre en question ce qu’on leur disait.
Entre ne pas faire une bonne campagne et être nul, ou il y a une différence.
Jospin a fait une mauvaise campagne, personne dans les rangs de gauche n’a dit qu’il était nul (sauf le soir du 21 avril, mais c’est autre chose) :
Les 100 propositions de Villepinte sont passées à la trappe de l’indifférence. De toute façon ça coute trop cher.
Ce soir, on dira que Ségolène est une mauvaise oratrice. C’est
sûr qu’à côté de Nicolas Chavez Bigard
Sarkozy, ça va être plus terne.
Elle va sûrement dire une phrase qui sera reprise dans les journaux demain, qui montrera son incompétence.
Alors que la compétence de Nicolas Sarkozy n’est plus à prouver, cela fait quasi 5 ans qu’il est ministre, avec le succès qu’on lui connaît.
On peut ne pas être d’accord avec Ségolène Royal, et approuver sans réserve les propositions du candidat de l’UMP. Mais tout est fait pour que les projets ne soient pas confrontés, ni même vraiment portés sur la place publique, ou bien de manière parcellaire.
Et au bout du compte, on va voter sur une impression.
Combien d’internautes vont aller sur les sites des candidats ?
Combien de gens lisent les professions de foi qu’ils reçoivent chez eux?
Peut-être un jour faudra –t-il se poser la question de la compétence des électeurs.
16 février 2007
Oracles, ô désespoir
Cette année, j’irai voter pour la quatrième fois à une élection présidentielle.
En 1988, le droit de vote fraîchement acquis, jeune et fougueux, attiré par les thèses marxistes mais rejetant aussi le parti communiste (représenté cette année là par l’apparatchik André Lajoinie) que j’estimais complice de l’empire soviétique (le mur de Berlin, n’était pas tombé), détestant Lutte Ouvrière dont j’avais vu les membres noyauter de l’intérieur les manifestations anti Devaquet auxquelles, du reste, je n’avais pas participé, je décidais de voter Pierre Juquin, communiste réformateur. D’ailleurs dans ma classe (j’étais en terminale), beaucoup votaient Juquin. Ce dont je me souviens, c’est qu’il préconisait les 35 heures. Et puis c’est tout. Il a fait 2%. Au deuxième tour, j’ai voté Mitterrand.
En 1995, je n’étais plus du tout marxiste, mais toujours sensibilisé aux thèses de Gauche. Néanmoins, Jospin m’attirait peu. En revanche les thèses d’écologie beaucoup plus, et j’ai donc voté pour la jeune Dominique Voynet, qui prévoyait à l’époque, le passage aux 35 heures. Elle a fait 3 et quelques pourcents. Au deuxième tour j’ai voté Jospin.
En 2002, je trouvais le bilan de Jospin plutôt positif, n’avait-il pas réalisé les 35 heures, mesure qui visiblement me tenait à cœur (cf. plus haut) ? Néanmoins, je trouvais sa campagne assez nulle, et je le trouvais, lui, très tiède sur les « sujets de société » notamment sur le mariage homosexuel. Un temps tenté par l’incontournable Noel Mamère, bien plus moderne, j’ai quand même voté Lionel Jospin. Pour récompenser le seul qui avait à peu près tenu ses promesses pré électorales (les 35heures, encore elles, mais aussi les emplois jeunes et le pacs étaient dans le programme de 1997) bien que sa fin de mandat fût laborieuse, mais aussi car je sentais poindre le danger Le Pen, un sondage le donnant à 14,5% un autre donnant Jospin à 16%. Au deuxième tour, j’ai voté Jacques Chirac.
Conclusion : je n’ai jamais voté au premier tour pour un candidat qui s’est retrouvé au second. Du coup, je me demande si, mû par quelques absconses superstitions, je ne vais pas aller voter Bayrou.
15 février 2007
Le projet pour la révolution d'octobre
Si Nicolas Sarkozy
est élu le 6 mai prochain, hypothèse malheureusement de plus en plus probable,
il mettra en place 5 grandes réformes avant octobre.
Il veut changer le statut des
universités pour leur donner l'autonomie, autant dire que ça ne sera pas applicable avant la rentrée
2008/2009, c’est dire l’urgence de le faire avant octobre
J’en ai
déjà parlé ici, la fausse bonne idée qui au mieux profitera à la population la
plus riche, au pire va faire monter les taux d’intérêts.
Il veut ouvrir une grande
négociation avec les partenaires sociaux sur la représentativité syndicale.
Tans qu’il
ouvre, ça ne mange pas de pain. Le problème, c’est qu’il veut limiter le droit
de grève. Et avant qu’il soit limité, on peut prévoir un bon conflit social qui
paralyse toute la France comme on connaît si bien.
Enfin, la
plus grande aberration, à mon sens :
Il veut supprimer les droits de
succession.
C’est-à-dire
priver l’état de 7 milliards d’euros de recettes pour satisfaire l’électorat le
plus aisé. Cette mesure est en totale contradiction avec la fameuse
valorisation du travail tant revendiquée par le même Sarkozy. C’est la
valorisation du patrimoine, de l’héritage, de l’argent facile, de la
conservation petite bourgeoise, pas du travail.
Donc en
moins de 6 mois, nous risquons à la fois de connaître la plus grande grève que
la France ait connue, d’aggraver le déficit budgétaire et de n’avoir, au bout
du compt,e aucune mesure réelle qui relance l’emploi, pourtant préoccupation
n°1 des français.
Les
électeurs devraient vraiment réfléchir à deux fois avant de mettre leur
bulletin de vote Sarkozy dans l’urne. Sans compter que Sarkozy fait comme si les
élections législatives n’existaient pas en Juin. Avec quelle assemblée va-t-il
faire toutes ces vitales réformes ? Et si jamais l’UMP n’y était pas
majoritaire à cette assemblée ? Et quand bien même l'UMP y serait majoritaire, l'assemblée va-t-elle passer en force pendant les congés d'été?
13 février 2007
Sarkozy sur maux comptent double : 4 points.
Dans l'exégèse du discours de Ségolène Royal du 11 Février, une constante est à noter : comment finance-t-on ses 100 promesses? La question est légitime, d'autant que Ségolène parle aussi de réduire la dette publique. On le sait, le financement on le dira après. Ce qui surprenant en revanche, c'est que les médias semblent découvrir par la même occasion, que les programme de Nicolas Sarkozy n'est pas plus financé. Et, du coup, on a jamais autant parlé du coût du programme de Sarkozy que depuis de l'annonce de celui de Royal. Les journalistes commencent à s'intéresser, par exemple de la fameuse baisse de 4 points des prélèvements obligatoires.
Ainsi, hier Olivier Mazerolle sur BFM titille l'insupportable Patrick Devedjan sur cette baisse de 4 points « en 5 ans » précise le journaliste. « En 10 ans » rectifie Devedjan.
Tout s'éclaircit. Le programme de Sarkozy est totalement finançable, mais pour cela il faudra bien penser à le réélire en 2012.
Est-ce que ce 11 fait vriller les socialistes?
Je suis un mauvais militant. Je ne suis pas allé à Villepinte dimanche dernier. Je n'ai même pas regardé en direct live la prestation de Ségolène Royal. Pas envie de me retrouver comme ces parents pétris de trac lors de la représentation pseudo théâtrale de leur rejeton, point d'orgue d'une année studieuse en petite section de maternelle. Pas envie de regarder la télévision la main devant les yeux, en ouvrant mécaniquement les doigts pour apercevoir, juste apercevoir.
J'ai donc fait comme un « vrai gens. ». J'ai attendu que les médias me donne un résumé de leur cru, en fin de compte c'est la meilleure manière de savoir comment cela va être perçu.
Premier enseignement, la campagne de Ségolène semble relancée. Ce sont les médias qui le disent. « Pari réussi ». Bon, soit. Mais pourquoi? Bah parce que les propositions étaient concrètes, qu'il y a eu un virage à gauche, sans pour autant que Ségolène ne se dénie, puisqu'elle a conservé ses « mesures » qui ont créé la polémique (l'encadrement militaire, les jury populaires, la révision de la carte scolaire).
Quand on regarde les 100 propositions, on est face, effectivement, à une série de mesures plutôt ancrées dans les solutions « historiques » du Parti Socialiste, et l'on se demande quelles furent les fameuses « pépites » extirpées des non moins fameux débats participatifs. Néanmoins quelques idées sont intéressantes, comme la caution d'état pour les locataires (autrement plus juste que les propositions de l'UMP), les réformes institutionnelles vont toutes dans le bon sens, même si elles restent timides (on est loin de la 6ème République). Timide aussi la limitation à 17 le nombre d'élèves par classe en CP et CE1 dans les ZEP, alors qu'il faudrait limiter à 17 dans toutes les classes de France, du CP à la Terminale. Bon, je ne vais pas commenter toutes les propositions, on est encore là demain. Dans l'ensemble, elles sont séduisantes mais manquent souvent de corps. Lesprogramme fiscal de DSK dévoilé vendredi dernier était lui plus convaincant.
Mais le but de ce 11 Février n'était sûrement pas de tout dévoiler. Il importait de re-crédibiliser la campagne de Ségolène, et d'impulser une vraie dynamique. Dans quelques jours nous verrons bien si l'objectif est rempli.
Une chose est certaine, cette inflexion à gauche était la meilleure chose à faire. Il ne faut pas jouer le second tour avant le premier. Et, vu la débandade de la gauche anti-libérale, il n'est pas impossible que ses électeurs fassent le choix « du vote utile » à partir du moment où des engagements « à gauche » sont tenus. Il restera alors tout l'entre deux tours pour convaincre les électeurs gaucho bayrouiste de revenir dans le giron.
07 février 2007
Des propositions logées à mauvaise enseigne
Je
n’ai pas regardé toute l’émission de lundi soir sur TF1 consacré à Nicolas
Sarkozy. J’ai été prié par ma conjointe, aussi peu sarko compatible que moi, de
mettre un dvd histoire de s’extirper à la fois du discours cent fois rabâché du
candidat UMP, ainsi que de l’apathie générale qui régnait dans ce panel bien
mollasson de « vraies gens ».
Néanmoins,
j’ai pu voir la première et la dernière demi heure de ce cirque, véritable
performance physique pour le candidat (Notons au passage qu’entre les primaires
socialistes, et ce genre d’émission où les candidats sont debout pendant plus
de deux heures, rien n’est épargné à ceux qui postulent à la magistrature
suprême, il existe comme une forme de bizutage un peu sadique, et pas forcément
nécessaire). Je ne parlerais pas de l’ensemble et je vais m’attarder juste sur
un point.
Lorsque
Sarkozy parle du logement, on a vraiment l’impression qu’il maîtrise son sujet
et qu’il propose des solutions concrètes.
Ainsi,
dit-il, 50 % (en réalité 57%) des français sont propriétaires de leur logement,
ce qui est peu par rapport à nos voisins. Vrai. Pourquoi ? Selon Sarkozy, c’est
parce que les français ne s’endettent pas assez, ils ne croient pas assez en
l’avenir. Ah. Ca se complique.
En
réalité, il y plein d’autres facteurs dans le fait que les français ne sont pas
propriétaires.
Il
y a déjà une très nette disparité ente Paris et la Province, il y a beaucoup
plus de locataires, en effet en Ile de France. (La part
de propriétaires s’élève à 80% en milieu rural périurbain, 74% en rural
éloigné, contre 45% pour Paris.) Assez normal, vu le prix de l’immobilier dans
la capitale et ses couronnes. Or l’île de France représente tout de même plus
de 20 % de la population.
Au contraire de nos voisins espagnols, qui sont les champions en terme d’accès à la propriété, cela fait peu de temps que la durée du crédit en France peut aller jusqu’à 30 ans, en Espagne on va même jusqu’à 50. Il est vrai que les Espagnols n’aiment tout simplement pas louer, et préfèrent, même en couple avec des enfants, rester chez leurs parents en attendant de pouvoir acheter. Peut-être faut-il voir là des différences comportementales culturelles.
Enfin, la flambée des prix de l’immobilier a très certainement freiné les ardeurs de certains. Et il faut comprendre que lorsque l’on s’endette, l’on n’a pas forcément envie de se retrouver loin d’un centre ville et des transports, seul choix possible pour un budget donné.
Bon. Ceci étant dit, quelle sont donc les solutions préconisées par Sarkozy ?
Il
propose que l’Etat puisse se porter caution pour un emprunt immobilier. C’est
louable, dirai-je sans jeu de mots. Sauf erreur de ma part, il est pourtant peu
fréquent que l’on demande à un tiers de se porter caution pour un prêt immobilier
(alors que c’est systématique pour une location !), il existe avant cette
demande, l’hypothèque, l'Inscription en Privilège de Prêteur de Deniers, voire des sociétés de
cautionnement. La caution solidaire peut être effectivement nécessaire si l’emprunteur
est en cdd, ce qu’a d’ailleurs dit Sarkozy le 5 février. En gros la caution de l’Etat permettrait aux
cdd d’acheter un logement. Formidable. Faut-il alors préciser que, si Nicolas
Sarkozy devient Président de la République, le CDD n’existera plus ? Il
sera remplacé par le fameux contrat unique. De deux choses l’une : soit il ne tiendra pas l’une des deux promesses,
soit il a prévu que son contrat unique sera tellement précaire qu’il sera
nécessaire que l’État puisse se porter caution pour éviter que le marché immobilier
se plante. À vous de choisir.
L’autre solution, c’est la déduction
des intérêts de l’emprunt sur la feuille d’impôts. L’idée n’est pas neuve. L’on
pouvait à une époque, déduire les intérêts sur le montant déclaré, et ce
pendant 5 ans (les intérêts étant plus élevés aux débuts du remboursement, ce n’était
pas négligeable). C’est une idée assez séduisante mais à qui profite-t-elle
vraiment ? 50% des foyers ne paient pas l’impôt sur le revenu. Autant dire
que pour eux, une telle mesure ne sert à rien. Il s’agit pourtant de la cible, puisque l’on veut que
tout le monde puisse devenir propriétaire. Bon, disons alors que cela va intéresser
les classes moyennes. Là encore, il y a des gens qui ne sont pas imposables. Je
vais prendre un exemple, le mien, vu que c’est à la mode. Un couple avec un
enfant en bas âge, locataires à paris. Revenus dans le tiers le plus aisé (quel
choc quand j’ai appris ça). Au défaut de place en crèche la solution envisagée
est la garde partagée à domicile. Nous pouvons déduire la moitié du salaire
versé à la nounou de nos impôts. Résultat : nous ne devrions pas être
imposable l’année prochaine et les trois suivantes, sauf augmentation considérable
de nos revenus. Donc pas concernés par la mesure Sarkozy , nous
resterons locataires. Si cette proposition est restreinte à l’achat d’un
logement principal, - comme ça devrait l’être sous peine de risque important de
krash immobilier - qui plus est au primo accédant, cela risque au total de
concerner peu de personne. Les tranches encore plus supérieures étant déjà, je
l’espère, propriétaires.
Pour finir, Sarkozy promet
qu’il n’y aura plus de restriction concernant les personnes malades qui veulent
prendre un crédit. Personne ne peut être contre ça. Reste à savoir comment il
va changer les procédures des banques et des assurances privées.
Voila donc l’exemple type
des fausses bonnes idées de Sarkozy. En réalité se cache juste l’idéologie du
bonhomme : une France de propriétaires, car la propriété est la base même
du capitalisme. Qu’importe pour lui que le logement est une urgence pour
beaucoup de gens qui se contenteraient déjà d’une location. Il faut travailler
plus pour gagner plus et devenir propriétaires. Cela ne répond pas au problème
du logement. C’est une vision idéologique.
Alors quand, de surcroît, les
moyens proposés risquent d’être peu efficaces, on sent que l’idéologie est en
amont de toute réflexion. Il aurait pu par exemple parler des frais de notaire
dont une bonne partie est reversée à l’Etat et qui sont exponentiels au prix d’achat.
Pourquoi ne pas les baisser eux ? Pourquoi ne pas baisser voire supprimer
la taxe d’habitation, impôt injuste par excellence ? Pourquoi ne pas
inciter fiscalement les propriétaires loueurs à louer moins chers ? Sont-ce des mesures trop à gauche pour
monsieur Sarkozy ? Seront-elles reprises par Ségolène Royal ?
PS : n’étant pas expert en droit immobilier, j’accepte que vous me corrigiez (mais sans flashball).
