28 octobre 2006
François Bayrou : l'extrème centre qui se veut hors milieu.

Longtemps François Bayrou nous a fait rire. Le bus au colza, la marionnette des guignols, le positionnement inaudible au centre en faisait un personnage certes sympathique, peu dangereux, mais aussi peu crédible.
Puis il y a eu la baffe donnée au chapardeur de poche, un regain d'attention et au final un 7% au premier tour des présidentielles, ce qui n'était pas ridicule.
A l'instar de Sarkozy, Bayrou a, pendant ces 4 dernières années, tout fait pour préparer les élections de 2007, se construire une image de présidentiable et élaborer une stratégie qui peut demeurer payante et dont on pouvait deviner les prémices dès la campagne de 2002. Bayrou peut remercier Sarkozy qui l'a bien aidé à justifier son opposition récente, sûrement sincère, et cette fois vraiment audible. Mieux, en dénonçant directement sur TF1 la connivence des médias avec la Bipolarisation de l'échéquier politique, il a presque transfomé l'UDF en parti contestataire. Cette simple éventualité nous aurait tous fait pouffer il y a quelques années.
Dès lors, on peut légitimement se poser la question de savoir si oui ou non François Bayrou est capable de faire un bon score aux prochaines présidentielles, et jusqu'où peut il aller.
L'existence d'un vrai parti centriste, pilier de la vie politique, capable de s'allier aussi bien avec le parti socialiste qu'avec l'Ump serait nouveau dans la cinquième République, mais sûrement souhaitable. Il vaudrait mieux, par exemple, envisager que le PS puisse aussi bien s'allier avec sa gauche qu'avec le centre et éviter que, comme en Allemagne, l'on soit obligé de faire un gouvernement d'union nationale (ce qui pourrait arriver si justement, il n'y a pas de représentant du centre à l'assemblée) qui amènerait, en France, les extrêmes de tous bords aux élections suivantes.
Reste qu'avec le scrutin majoritaire, il y en fait peu de chance que l'UDF arrive a constituer un groupe sans s'allier avec l'UMP. Ce qui détuirait en un jour une stratégie de cinq ans.
A moins que François Bayrou fasse un très gros score, donc, aux présidentielles, ce qui ne me semble pas impossible.
De plus en plus de gens de gauche, de mon entourage, ou que j'ai croisés sur les blogs, m'affirment qu'ils vont voter Bayrou si Ségolène Royal est investie par le PS! Et, bien souvent, ce sont les plus à gauche ! Certains parce qu'ils croient qu'un vrai mouvement anti libéral pourra naître si un gouvernement udf-ps est au pouvoir, d'autres parce qu'ils ne peuvent vraiment pas souffrir Ségolène, d'autres encore parce qu'il apprécient l'aspect un peu "révolutionnaire" de Bayrou. Ce coté anti-système pourrait aussi attirer une frange non négligeable des électeurs du front national, celle qui vote Le Pen non par idéologie, mais parce que "c'est tous des pourris". Si jamais aucun candidat "chiraquien" ne se présente, une partie des électeurs de droite effrayés par Nicolas Sarkozy, et ils sont nombreux, pourraient être tenté par un vote Bayrou. Ce qui au final amènerait quelques millions de suffrages ! Assez pour aller au second tour. Difficile dans ce cas de connaître l'adversaire avec un tel scénario, vu que, comme dirait Morandini, tout est possible.
La force de Bayrou dans cette pré-campagne un peu spéciale, c'est que l'UDF c'est lui. Du coup, pendant que les deux grands camps se déchirent, il peut tranquillement parler du fond. Être en dehors de querelles internes, ça a du bon.
La faiblesse de Bayrou, c'est que l'UDF, c'est lui. Ou plutôt, que l'UDF ce n'est pas grand chose. Un parti de notables chrétiens de province, quand même plutôt à droite, pas très révolutionnaires en somme. Sans véritable appareil derrière soi, ce n'est pas facile de percer.
Ce n'est pas sans rappeler la coqueluche de la pré-campagne de 2002. En novembre 2001, celui qui faisait la surprise avec 14% dans les sondages, qui renvoyait dos à dos Jospin et Chirac, qui avait un parti pour lui tout seul mais un parti rikiki, s'appelait Jean-Pierre Chevènement. 5% à l'arrivée. Tout est possible.
25 octobre 2006
Ségo s'était fait une ligne de coach
J’aime bien les débats. Même s’ils sont entre candidats du même bord. Même si l’enjeu est rudement important, vu qu’il s’agit à terme d’envoyer un homme ou une femme combattre et battre un adversaire dangereux. J’aime bien mesurer les argumentations, j’adore être surpris par l’explication des thèses, je goûte sans déplaisir les tics de rhétorique, je fond devant une phrase assassine ou une remarque habile. C’est terrible, je ne devrais pas, ce ne sont que des hommes politiques qui font du marketing, entends-je déjà. Bah oui, mais je n’y peux rien, j’aime ça, comme j’adore la page 2 du Canard Enchaîné et quand ça s’engueule à N’ayons pas peur des mots, bref, j’aime la politique, les joutes qui l’accompagnent, et je ne sais fichtre pas pourquoi je souhaite la suppression de l’élection Présidentielle au suffrage universel direct, vu que je suis féru de cette élection. Complètement addict. Sûrement maso.
Ceci étant dit, revenons au débat. Hier, on a dépassé le débat de l’époque de Brejnev©. Bien. On a vu aussi poindre les différences. Trois styles aussi. Pour résumer, chaque candidat avait son mot fétiche: la valeur, la confiance, et le projet socialiste.
Grâce aux journalistes, et sûrement grâce à un entraînement intensif la semaine passée, Ségolène Royal a su non seulement ramener le débat autour de ses propositions, mais aussi les éclairer avec une conviction, dans le ton et dans le fond, qui n’était pas apparue lors du premier débat. Autant elle avait l’air d’être à part la semaine dernière, autant on a l’impression que Fabius et DSK étaient à part cette semaine.
Certes DSK est paru plus convaincant sur l’Université, seul vrai domaine où il a été concret. Le reste, même s’il est resté pédagogique, demeurait vague. Cette confiance en la confiance, je m’en méfie. Je m’en méfie d’autant plus que les français, habitués depuis 4 ans à la loquacité du Ministre de l’Intérieur risquent d’être sourds à toute proposition qui ne s’ancrerait pas dans le réel. C’est ce qu’a parfaitement compris Ségolène.
Bien évidemment, on ne préside pas un pays comme la France, avec des jurys populaires pour surveiller les élus, une modification de la carte scolaire, ou encore un encadrement militaire pour les primo-délinquants. Là où c’est finaud, c’est tout le discours préparatoire, sur les fondamentaux et les valeurs, dont, au fond, toutes les propositions qui chacune ont fait scandale, ne seraient qu’un exemple d’application. Quand Sarkozy veut faire face à un problème qui a un retentissement médiatique, il propose une solution de colmatage, mais la fait passer pour de l’action. Exemple : les gangs dans le train de Nice, ont immédiatement amené une annonce qui préconisait des policiers dans les trains. Ségolène, elle, pose ses valeurs, fait une proposition pour les appliquer qui va, comme par hasard, monopoliser le débat, ce qui lui permet de réexpliquer plus fortement ses fondements qui, il faut bien l’avouer, titillent la corde sensible des français.
L’exemple plus flagrant, hier, était sur l’encadrement militaire. En personnalisant « en tant que mère » sa proposition d’encadrement militaire pour une mission humanitaire les primo délinquants, elle était dans un registre qui rassurait autant ceux qui avait peur que l’on colle systématiquement des militaires aux jeunes, que ceux qui attendent des solutions à la délinquance.
A côté de ça, la réponse théâtrale de Fabius (qui a beaucoup fait rire les militants socialistes de ma section pendant une heure et demie) a fait pschitt. Déjà je ne sais pas d’où il sort le chiffre de 48 000 primo délinquants chaque année, ça me semble beaucoup, en gros 6% d’une classe d’âge et quasiment autant que le nombre de prisonniers en France. Ensuite, en restant dans sa posture de candidat du projet socialiste, et rien que ça, il est apparu une fois de plus archaïque. Et pourtant brillant parfois dans ses réparties. Des fois grotesques. Lorsqu’il se vante d’avant-gardisme en parlant du mariage homosexuel et de la famille, on a envie de lui répondre que oui, c’est de l’avant garde… sous Mitterrand.
Reste que je ne suis toujours pas en mesure de dire pour qui je vais voter le 16 novembre. Je n’arrive toujours pas à déterminer si la façon de faire de la politique de Ségolène Royal est un pari audacieux, ou bien du flan total, un brûlot marketing. Je sais, j’ai encore une part de naïveté. D’un autre côté, même si je sais que DSK a des atouts incontestables pour devenir un chef d’Etat, qu’il a les capacités pour combattre Sarkozy, je ne suis pas sûr qu’il fasse rêver les français.
Et la part de rêve dans cette élection a une place prépondérante, Jospin pourrait vous le confirmer.
24 octobre 2006
22 vl'a le flic!
Ça y est, nous savons qu’il n’y aura pas de nouveau un 21 avril en 2007, étant donné que le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu… le 22 ! Dans 6 mois donc, quasiment jour pour jour, nous connaîtrons les deux survivants de cette compétition qui s’annonce âpre et rude. Ce sera très certainement l’élection la plus féroce depuis 1981, peut-être même de toute la cinquième république.
À cela plusieurs raisons. La première est la sensation de hold up qu’a provoqué le fameux 21 avril. Le combat, qui pourtant n’intéressait personne, entre Chirac et Jospin n’a pas eu lieu, les électeurs de gauche ont dû voter Chirac que les électeurs de droite avaient à peine envie d’élire ! N’oublions pas le choc causé par la présence de Le Pen au second tour : les français s’aperçurent que tout était possible dans une élection présidentielle, même le pire. La revanche des électeurs va être aussi une revanche des candidats.
La deuxième raison, c’est que cette élection marque la fin d’un cycle de près de 30 ans – dans l’hypothèse la plus probable où Chirac ne se représente pas. En effet, en 1974, Chirac était déjà premier ministre, et il aura été incontournable dans la vie politique française jusqu’à maintenant. En considérant les mandats de Mitterrand, 2007 mettra fin à 25 de présidence de deux protagonistes déjà influents sous De Gaulle ! Il n’y aura guère que Le Pen et Laguiller qui représenteront l’époque de Brejnev et de Nixon. (Il est toujours bon ton de nommer Brejnev pour rappeler à son interlocuteur qui a un âge avancé, Brejnev© , c’est la marque du vieux). La place à gagner est donc, a priori, réservée à un « nouveau », encore que ce terme en politique française demeure assez ambigu. On le sait, les « jeunes pousses » sont plus hargneuses.
La troisième raison, c’est ce qui se prépare dans chaque camp pour imposer son gagnant et en même temps pour détruire les favoris Ségo à gauche, Sarko à droite.
Et là, on peut être sûr qu’il va y avoir du combat.
J’ai même l’impression qu’il va y avoir des morts. On attend celui qui va tomber. On attend l’événement qui va contredire les sondages publiés 6 mois avant l’échéance.
Chirac va t-il tuer Sarko ? Les militants PS dépouilleront-ils Sego avec leur vote ? L’affaire Clearstream exterminera-t-elle Vilepin ? MAM participera-t-elle au complot contre le Ministre de l’Intérieur ? Jospin poignardera-t-il le candidat socialiste si jamais les sondages baissent ? Bayrou les éliminera-t-il tous ?
Il va y avoir des morts. Et en plus on les souhaite.
J’ai été étonné l’autre jour de voir dans l’émission C’est dans l’air, l’incontournable Christophe Barbier parler du caractère mortel des deux favoris, Sego et Sarko. C’est, de mémoire d’homme, la première fois que j’entends parler que l’élection n’ira à son terme comme on le pense, que si les protagonistes vivent jusqu’à l’échéance ! Alors même que les candidats n’auront jamais été aussi jeunes depuis 1974 !
De même, l’âge avancé de Le Pen fait espérer à certain qu’il ne pourra se présenter en avril 2007, ce qui changerait effectivement la donne.
Les Guignols, eux-même, résolvent les migraines de Sarkozy grâce au docteur Chirac qui préconise… un cercueil !
Toute cette thématique autour de la mort, ne présage pas un débat complètement serein, c’est le moins que l’on puisse dire.
Et c’est aussi la raison pour laquelle nul ne peut vraiment prévoir le 22 avril 2007, et encore moins le 6 mai.
J’ajoute ce petit scénario farfelu :
Un départ prématuré de Chirac, suivi d’une incapacité immédiate de Poncelet (l’émotion, sans doute) amènerait peut-être Jean-Louis Debré à assurer l’intérim ? Imaginez le cauchemar pour les Sarkozystes !
23 octobre 2006
Ne pas redoubler avant le passage en sixième
Quand on veut remettre la démocratie au goût du jour, les idées neuves ne sont pas toujours les meilleures.
Plutôt que de surveiller les élus par un jury populaire comme l’a proposé hier Ségolène Royal il faudrait mieux se pencher sur les institutions. Et sur ce point, il serait temps que la préférée des sondages, mais aussi les autres candidats socialistes, s’inspirent des propositions d’Arnaud Montebourg, de celles qu’il a fait avant son ralliement opportuniste.
Que le Président de la République soit limité à 2 mandats, comme l’a proposé hier la présidente du Poitou et du Chabichou, ne suffit pas. Je dirais même que c’est prendre le problème à l’envers. C’est la fonction même du Président de la République qui doit être limitée (comme en Italie ou en Allemagne). Et que celui-ci soit élu par grand collège d’électeurs, pour éviter la personnalisation de la vie politique.
Évidemment, il faudrait aussi que l’Assemblée Nationale soit un peu plus représentative que l’actuelle. Pensez donc : plus de 30% des électeurs du premier tour de 2002 n’ont pas de députés correspondant à leur vote ! L’instauration d’une dose de proportionnelle pour la moitié de l’assemblée, ou bien un scrutin équivalent à celui récent des élections Régionales pourrait rectifier le tir, sans pour autant que l’on retombe sous la 4ème République.
Dès lors, le président du parti vainqueur deviendrait le Premier Ministre, véritable chef du gouvernement.
Quant aux limitations de mandat à un renouvellement, elles devraient logiquement toucher tous les mandats électifs, au moins ceux de député, conseiller général, et président de région. Il est vrai que l’attachement de la population au maire fait de cette fonction un cas à part, même si deux mandats seulement pourraient éviter de belles dérives.
Tout cela, et encore d’autres choses (Qui du Sénat? Par exemple) pourrait former une 6ème République qui semble faire peur à certains.
On peut comprendre qu’un candidat à l’élection suprême n’ait pas envie de supprimer des prérogatives qui pourraient être les siennes en cas de succès.
Ce serait pourtant le signe là d’un vrai courage politique.
20 octobre 2006
La répression. What else?
Dans Le Parisien de ce matin, était relatée la rencontre entre le Ministre de l’Intérieur et des acteurs de la vie locale en banlieue dans les locaux du journal. Une fois de plus était revendiquée la seule méthode chère aux yeux de Sarkozy : la répression.
Il ne fait pas bon être policier par les temps qui courent. Non seulement on risque de tomber dans les guet apen, de se faire sérieusement amocher tous les jours, de subir des quolibets humiliants, le tout pour un salaire de merde, mais, en plus, on est obligé de subir un patron incompétent, exigeant et qui envoie ses troupes au casse pipe pour faire du chiffre. Or les chiffres ne sont pas bons, Sarkozy a menti une fois de plus ce matin dans Le Parisien. Comment eussent-ils pu être bons, d’ailleurs, alors que tout le travail de proximité - par ailleurs insuffisant en terme de moyens et de résultats - a été démantelé par le patron ? Mû par les résultats du 21 avril, il a sottement cru qu’une politique aux tonalités tonitruantes, comme peuvent être les éructations de Le Pen, seule pouvait calmer le peuple. Que défaire Paul pour habiller Pierre allait suffire !
Pis. La prison, seule, trouve grâce à ses yeux, qu’importe s’il n’y a plus aucune place, qu’importe qu’elle soit hautement criminogène.
Du chiffre, on vous dit ! On ne va pas s’enquiquiner à essayer d’aider ces petits cons, ils n’ont qu’à s’en sortir tout seul !
Car cette résistance absolue à vouloir faire de la prévention, cette obstination dans l’unique voie de la répression relève d’un réel dogme : la méritocratie.
Sarkozy ne veut pas aider les jeunes, il veut voir les meilleurs sortir du lot.
Sarkozy ne veut pas mettre de moyen dans la prévention, ça va créer des assistés.
Sarkozy ne veut même pas donner plus de moyens aux policiers, eux aussi doivent faire leurs preuves avec leurs moyens !
La méritocratie, c’est croire benoîtement que les hommes sont faits d’un même moule, c’est aussi oublier que ceux qui « restent sur le carreau » sont toujours plus nombreux.
La méritocratie, c’est gouverner a minima.
19 octobre 2006
Un doc de Rotman sans filtre
J’ai eu l’occasion de voir le documentaire de Patrick Rotman qui passera sur France 2 lundi et mardi prochain et qui retrace à grand coup d’images d’archives et d’interviews de proches collaborateurs et d’autres personnalités le portait de Jacques Chirac.
Je ne saurais que trop conseiller de vous planter devant la chaîne de service public, en prime time qui plus est, pour savourer le parcours sinueux de notre Président de la République.
Qui a lu cette année la Tragédie du Président de Franck Olivier Giesberg et Le pouvoir et la vie tome 3 de Valéry Giscard D’Estaing ne sera pas complètement étonné par les errements et les coups bas qui ont eu lieu tout au long de la carrière de Chirac. Seule la conquête du pouvoir prime, et uniquement elle. Et pour cela, il a réussi.
Mais ce qui fait la force de ce documentaire, c’est que Rotman ne l’égrène pas de commentaires assassins, il ne force pas le trait non plus : il est pourtant irrévérencieux. La juxtaposition des faits sans détour suffit à blâmer Chirac.
Ce qui est formidable aussi, c’est que les français semblent avoir suivi sans trop ronchonner les demi tours fulgurants de la girouette Chirac. Comme si par sa brusquerie il réussissait à faire oublier qui il était 5 minutes avant.
Pour moi qui me souviens de Chirac premier ministre de VGE, la rétrospective est enthousiasmante. Je suis juste étonné que De Carolis ait permis sa diffusion.
Dernier point, il y a un « témoin » du documentaire, bien précautionneux d’ailleurs pour une fois, qui s’inspire directement de Chirac : Nicolas Sarkozy. Même goût de la conquête, prêt à tout, homme de réseau et d’alliances. On a l’impression tout de même que Chirac lui prépare son dernier coup : après Chaban, VGE, Raymond barre, Balladur, il n’en reste plus qu’un à éliminer pour terminer en beauté, c’est Sarkozy. Le dernier combat.
Sarkozy le sait. Raison pour laquelle, peut-être, il prétend s’inspirer aussi de Mitterrand.
18 octobre 2006
Dominique, Laurent: tous égaux devant Sego?
Hier, donc j’ai assisté au débat des 3 prétendants socialistes à la candidature présidentielle. Pour ce faire, je me suis rendu à ma section, non que je ne possède pas le câble, mais plutôt pour tâter « l’ambiance ». Auparavant j’avais regardé « N’ayons pas peur des mots » avec trois représentants de Dominique, Laurent et Ségolène, respectivement Cambadélis, Huchon et Boutih. Ce mini-débat commençait a être un peu « enlevé » et présageait une foire d’empoigne pour le grand oral.
Il n’en a rien été comme vous le savez. Courtois, soporifique pour certains, le « débat », qui, en fait était une juxtaposition de point de vue, était pourtant de bonne tenue.
Que peut-on en retirer ? Déjà qu’il y avait plus de points communs entre les participants, qu’on ne pouvait le penser au travers des passes d’armes médiatiques auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement depuis quelques semaines. Au bout de deux heures néanmoins trois styles se dessinaient : la femme de terrain, le prof et le politique.
Il y a –t-il un gagnant ? En réalité, il y en a deux. Le Parti Socialiste, et la démocratie.
Car si le dispositif peut paraître un peu froid, s’il fallait s’accrocher tout de même pour pouvoir suivre, il ne faut pas oublier le but de cette confrontation : informer les militants pour qu’ils fassent leur choix. Et là, je dois dire, que pour les militants, c’est quand même un peu le grand luxe. Sachant qu’il reste encore 2 fois 2 heures d’émissions télévisées sur d’autres thèmes, cela fait une sacré matière pour faire un choix (même s’il régnait encore beaucoup d’indécisions parmi les nouveaux militants que j’ai rencontrés hier). Le Parti Socialiste ne peut que sortir renforcé de ces débats car les perdants de l’investiture auront le sentiment du devoir accompli, que la pipolisation aura été dépassée par les idées et qu’il sera plus facile dès lors de se rassembler pour l’échéance finale. Par ricochet, la démocratie aussi s’en sort renforcée. Ces premières véritables primaires à la française ouvrent la voie. On attend bien évidemment qu’il se passe la même chose à l’UMP, plutôt qu’un parti soit là pour servir un seul homme.
Je reviens maintenant un peu sur le fond. Celui qui semble le plus convaincant sur le sujet (l’économie) est manifestement DSK, on s’en doutait un peu avant. Comme Barre, DSK c’est un peu le monsieur économie. Mais il n’est pas sûr que sa vision « macro » soit compréhensible par tous, ni qu’elle soit suffisante.
Ségolène Royal continue à vouloir prendre la France comme laboratoire d’expérience, ou plutôt d’appliquer les expériences du laboratoire Poitou-Charente à la France. C’est peut-être vraiment novateur, c’est peut-être vraiment ce que les Français attendent (plutôt que d’entendre parler de croissance), mais ça me paraît un peu trop gravé dans la dentelle face au bulldozer Sarkozy.
Quant à Fabius, il n’a pas pu, en affirmant son ancrage à gauche, s’échapper d’une posture Mitterrandienne. Que n’eût-il été aussi bon face à Chirac en 1986 ! Malheureusement 20 ans se sont écoulés, et il manquait le logo de l’Ina à chaque fois qu’il parlait. (Je suis désolé d’avance pour les quelques fabiusiens qui traînent sur ce blog).
La grande absente de ce débat est quand même la fiscalité. Des impôts et du financement des projets il n’a été peu question. Fabius a bien émis l’hypothèse d’une hausse de la CSG, mais l’on a l’impression que le mot « impôts » était banni du vocabulaire des trois protagonistes. Il faudra bien pourtant dire un jour, que oui, il faudra augmenter les impôts, que non, ce n’est pas un gros mot, que la grossièreté a été de baisser l’impôt sur le revenu des plus riches.
Au final, je pense que les lignes ont assez peu bougé chez les militants, que les indécis vont sûrement se ranger derrière DSK. Avec encore deux débats, il n’est pas impossible qu’il y ait un second tour le 23 novembre. Mais il n’est pas sûr que ce soit souhaitable, même si on ne vote pas pour Ségolène, un déchirement de second tour pourrait anéantir les bienfait de cette campagne. C’est pas facile d’être militant.
16 octobre 2006
La présidence lui irait-elle bien, Autain?
Étant donné que la blogosphère bout actuellement sur Ségolène et les débats, Sarko et ses talons, Madame Royal contre la réserve d’éléphants, le petit Nicolas contre les vilains chiraquiens, je me suis dit qu’il était temps dans ce blog de parler un peu du reste de l’échiquier politique. (A dire vrai, lorsque j’ai vu le terme de « Segocide » sur un blog, je me suis dit, que peut-être on commençait à pousser le bouchon un peu loin). Un jour aussi, on parlera ici des idées et des programmes. Si, si, promis.
En attendant, pour ne pas trop m’écarter du « mouv », quand même, de la blog connection, je m’attarderais quelques instants sur l’éventuelle candidature de Clémentine Autain.
La gauche dite antilibérale, forte d’un cumul de 13 % aux élections de 2002 avait un coup à jouer pour 2007. D’autant qu’elle a été le moteur, à gauche, du non au référendum. Pour l’instant elle l’air de se noyer dans ses divisions, preuve il en est qu’elles ne sont pas réservées aux grand partis. On a cru que Bové allait sauver l’affaire, mais, non Bové, il ne tient pas en place, il va rencontrer Evo Morales, fait un peu le mort aussi, attend qu’on le sollicite, bref, on sait qu’il n’ira pas. Ça se sent.
Buffet risque de partir de son côté récolter 2% pour ridiculiser le Parti Communiste, Laguiller ne veut pas louper sa dernière campagne qui sera la même que sa première, Besancenot y va, peut-être faute de mieux. Il y aura sûrement aussi Daniel Gluckstein, représentant de l’obscur Parti des Travailleurs, qui se démerde comme pas deux pour trouver les 500 signatures (il y a là une véritable enquête à mener, messieurs les journalistes, introduire le milieu des Lambertistes me semble plus difficile que d’entrer en Corée du Nord.).
Et comme par hasard, le Buzz se trouve ailleurs. Et, à mes yeux, il est légitime. En se portant candidate à la candidature, Clémentine Autain a sérieusement ringardisé toute l’extrême gauche. Pas seulement parce qu’elle est jeune, Besancenot aussi l’est, pas seulement parce qu’elle passe bien à la télé, pas seulement parce qu’elle est jolie (on ne va pas le taire) mais parce qu’elle possède à deux atouts principaux : son positionnement sur l’échiquier politique, en dehors des partis, apparenté PCF, mais électron libre, et aussi parce qu’elle met les « mains dans le cambouis » en acceptant d’être Maire Adjointe de Bertrand Delanoé. Ce dernier point, évidemment, rebute les « communistes révolutionnaires » qui ne veulent pas s’allier avec les « sociaux libéraux » qui « font une politique de droite » même « si on fait la différence entre la droite et le Parti Socialiste ».
Si jamais le PCF jouait la carte Clémentine Autain, Besancenot aurait néanmoins tout intérêt à se retirer (ou à faire semblant de ne pas avoir ses 500 signatures), car il pourrait sérieusement se ramasser face à ce personnage cultivé et aguerri aux joutes télévisuelles. Peut-être même, y aurait il une chance pour les antilibéraux de rendre leur discours audible, au delà de l’élection.
Évidemment, si c’est pour attendre le grand soir, alors, peut-être, l’extrême gauche aurait plus intérêt à ce que Sarkozy passe. Les conditions y seraient sûrement plus réunies.
15 octobre 2006
Ainsi gît ce quart de siècle écoulé sans destin

C'est la première fois que je lis du Giscard. J'ai même pas eu mal. Dans ce troisième tome Du Pouvoir et la vie, notre cher Valéry relate les trois dernières années de son septennat, de 1978 à 1981. Ça tombe plutôt bien, je possède encore quelques souvenirs assez tenace de cette époque, en dépit du jeune âge que j'avais. Et, de fait, de nombreuses images me sont revenues, c'est tout juste si je ne voyais pas le logo de l'INA apparaître en surimpression.
Première particularité du livre, Giscard raconte comme si lui et les lecteurs ne savent pas comment vont se dérouler les événements. Dès lors,il met en scène ses pensées, malheureusement avec un style ampoulé, de façon complètement surranée.
Quelques descriptions balzaciennes viennent brouiller le propos. Quel est-il d'ailleurs? Rien sinon l'Histoire telle qu'il l'a vécue. Ce qui est déjà beaucoup en somme vu qu'il en était un des acteurs principaux. C'est en fait un bon rappel historique. Je ne me souvenais pas, par exemple, que les prix étaient fixés par l'administration, alors que je me rappelle de la "libéralisation des prix". L'impopularité de Raymond Barre, la prise d'otage de l'ambassade des USA en Iran, l'invasion de l'Afghanistan par les Russes, le mouvement Solidarité en Pologne... tout ça résonne en moi avec la voix de Roger Gicquel. Et accessoirement celle de mon père qui commentait l'actualité que nous regardions tous les soirs, à table, en dînant.
La trahison de Chirac même, le "noeud" du livre, était quelque chose de connu jusque dans mon pavillon de banlieue.
Mais tous ces rappels ont une résonnance vraiment intéressante sur la situation politique d'aujourd'hui. L'importance des sondages déjà, et l'inversion très nette de la tendance entre l'automne et l'élection (Giscard était donné gagnant à 57 % en novembre 1980). Chirac prêt à tout pour conquérir le pouvoir, y compris voter pour son adversaire présumé Mitterand, pour mieux écarter Giscard. Ce même Chirac encore au pouvoir 25 ans après. Mais surtout l'exercice solitaire du pouvoir. Car, en dépit de certains passages assez drôles (Il sait très bien raconter les anecdotes, et manie très bien l'ironie) Valéry Giscard d'Estaing n'arrive pas à prendre de recul sur son passé. Le dispositif choisi d'ailleurs ne le permet pas. Il raconte l'Histoire au présent comme s'il n'y avait jamais eu de futur. Il eût été tellement plus pertinent d'analyser avec ce qu'il sait aujourd'hui.
Je suis persuadé qu'il sait les erreurs qu'il a commises, mais, en dehors de quelques autocritiques sur sa campagne présidentielle, jamais il ne se remet vraiment en questions. Les peurs qu'il avait sur Mitterrand, il ne dit pas si elles étaient justifiées après coup. Que la tactique de Chirac n'a porté ses fruits que 14 ans après non plus. Son non recul vis à vis de la peine de mort est tout simplement effrayant.
En résumé, j'ai eu l'impression de retrouver le Giscard de mon enfance, encore président (c'était d'autant plus flagrant que j'avais sa voix dans ma tête, ce qui fait un drôle d'effet), comme figé, une sorte d'Hibernatus. C'est juste la mémoire du lecteur qui s'est décongelée.
13 octobre 2006
La mort du vilain à Périgueux?
J’ai eu le courage de regarder une bonne partie du discours fleuve qu’a donné le président de l’UMP hier à Périgueux. Dans une sorte de tentative de réconciliation avec l’aile chiraquienne de son parti, mais aussi pour redorer son blason auprès de l’opinion publique, Nicolas Sarkozy s’est amusé à parcourir tout l’échiquier politique en distillant moult promesses et en insufflant des envolées lyriques tout aussi boursouflées que vaines.
Ainsi, Sarkozy veut récupérer le mot « Travailleur », qu’il oppose aux « assistés couchés ». Arlette et Jean-Marie dans la même phrase. Mais ce n’est pas tout.
Faisant appel à « la république », il a énuméré toute une série de lieux communs qui met tout le monde d’accord . C’est assez bluffant. Je comprends qu’un citoyen lambda se fasse avoir. On a assisté à un véritable exercice de manipulation. Il réussit même à faire applaudir une assistance UMP sur certaines propositions que la gauche ne pourrait renier, il faut l’avouer.
Avec un incroyable culot, il aspire à plus d’égalité entre les hommes et les femmes, désirant la Parité au delà de la politique, allant jusqu'à la vouloir pour les représentants du personnels. Rappelons que seul 30% de femmes représenteront l’UMP aux prochaines législatives.
Dans un autre registre, il veut rendre le droit au logement opposable. Alors qu’en tant que maire de Neuilly, il ne veut pas faire appliquer la Loi SRU.
Je ne récapitulerais pas toutes les propositions, certaines séduisantes, d’ailleurs. Tout ce que je peux dire, c’est que ça coûtera bien plus cher que le projet des socialistes ! Mais de financement il n’a pas été question. On a assisté à catalogue de flatterie pour toutes les tendances de l’électorat. Rien que ça.
Autre chose. La rhétorique de ce garçon est insoutenable. Terminer chaque phrase, quasiment, par « Voilà ma vérité », relève d’une mégalomanie chronique. Le style est répétitif, la syntaxe simple, le discours est une litanie, « voilà ma vérité » le leitmotiv. Le bourrage de crâne total. Le problème, c’est que l’on sent bien que c’est efficace. Il y avait, hier à Périgueux, quelque chose du tribun Le Pen, sans les jeux de mots foireux (encore que Sarko aime bien faire rire son auditoire). On sent bien que la machine de guerre est redoutable. Capable d’effacer ce qui fâche sans pour autant se renier : l’exercice était pourtant difficile.
Autant dire qu’il va falloir s’entraîner au débat pour aller battre ce bougre là. Non je ne vise personne.


