28 octobre 2006
François Bayrou : l'extrème centre qui se veut hors milieu.

Longtemps François Bayrou nous a fait rire. Le bus au colza, la marionnette des guignols, le positionnement inaudible au centre en faisait un personnage certes sympathique, peu dangereux, mais aussi peu crédible.
Puis il y a eu la baffe donnée au chapardeur de poche, un regain d'attention et au final un 7% au premier tour des présidentielles, ce qui n'était pas ridicule.
A l'instar de Sarkozy, Bayrou a, pendant ces 4 dernières années, tout fait pour préparer les élections de 2007, se construire une image de présidentiable et élaborer une stratégie qui peut demeurer payante et dont on pouvait deviner les prémices dès la campagne de 2002. Bayrou peut remercier Sarkozy qui l'a bien aidé à justifier son opposition récente, sûrement sincère, et cette fois vraiment audible. Mieux, en dénonçant directement sur TF1 la connivence des médias avec la Bipolarisation de l'échéquier politique, il a presque transfomé l'UDF en parti contestataire. Cette simple éventualité nous aurait tous fait pouffer il y a quelques années.
Dès lors, on peut légitimement se poser la question de savoir si oui ou non François Bayrou est capable de faire un bon score aux prochaines présidentielles, et jusqu'où peut il aller.
L'existence d'un vrai parti centriste, pilier de la vie politique, capable de s'allier aussi bien avec le parti socialiste qu'avec l'Ump serait nouveau dans la cinquième République, mais sûrement souhaitable. Il vaudrait mieux, par exemple, envisager que le PS puisse aussi bien s'allier avec sa gauche qu'avec le centre et éviter que, comme en Allemagne, l'on soit obligé de faire un gouvernement d'union nationale (ce qui pourrait arriver si justement, il n'y a pas de représentant du centre à l'assemblée) qui amènerait, en France, les extrêmes de tous bords aux élections suivantes.
Reste qu'avec le scrutin majoritaire, il y en fait peu de chance que l'UDF arrive a constituer un groupe sans s'allier avec l'UMP. Ce qui détuirait en un jour une stratégie de cinq ans.
A moins que François Bayrou fasse un très gros score, donc, aux présidentielles, ce qui ne me semble pas impossible.
De plus en plus de gens de gauche, de mon entourage, ou que j'ai croisés sur les blogs, m'affirment qu'ils vont voter Bayrou si Ségolène Royal est investie par le PS! Et, bien souvent, ce sont les plus à gauche ! Certains parce qu'ils croient qu'un vrai mouvement anti libéral pourra naître si un gouvernement udf-ps est au pouvoir, d'autres parce qu'ils ne peuvent vraiment pas souffrir Ségolène, d'autres encore parce qu'il apprécient l'aspect un peu "révolutionnaire" de Bayrou. Ce coté anti-système pourrait aussi attirer une frange non négligeable des électeurs du front national, celle qui vote Le Pen non par idéologie, mais parce que "c'est tous des pourris". Si jamais aucun candidat "chiraquien" ne se présente, une partie des électeurs de droite effrayés par Nicolas Sarkozy, et ils sont nombreux, pourraient être tenté par un vote Bayrou. Ce qui au final amènerait quelques millions de suffrages ! Assez pour aller au second tour. Difficile dans ce cas de connaître l'adversaire avec un tel scénario, vu que, comme dirait Morandini, tout est possible.
La force de Bayrou dans cette pré-campagne un peu spéciale, c'est que l'UDF c'est lui. Du coup, pendant que les deux grands camps se déchirent, il peut tranquillement parler du fond. Être en dehors de querelles internes, ça a du bon.
La faiblesse de Bayrou, c'est que l'UDF, c'est lui. Ou plutôt, que l'UDF ce n'est pas grand chose. Un parti de notables chrétiens de province, quand même plutôt à droite, pas très révolutionnaires en somme. Sans véritable appareil derrière soi, ce n'est pas facile de percer.
Ce n'est pas sans rappeler la coqueluche de la pré-campagne de 2002. En novembre 2001, celui qui faisait la surprise avec 14% dans les sondages, qui renvoyait dos à dos Jospin et Chirac, qui avait un parti pour lui tout seul mais un parti rikiki, s'appelait Jean-Pierre Chevènement. 5% à l'arrivée. Tout est possible.